Après La Mort suspendue, le thriller alpin revient squatter les salles obscures avec 127 heures de Danny Boyle.
Les histoires vraies les plus incroyables ne sont pas forcément celles donnant les plus grands films, comme vient le prouver le
127 heures de
Danny Boyle qui malgré des qualités indéniables et des partis-pris courageux, n'arrive pas complètement à se hisser au niveau de la matière qu'il a entre les mains : soit le périple du miraculé Aaron Ralston qui donna lieu à une époustouflante leçon de survie s'étant déroulée en 2003, dans les gorges de l'Utah où l'alpiniste confirmé s'est vu bloqué dans un canyon après que la chute d'un rocher a emprisonné sa main contre une paroi. Six jours plus tard, face à l'épuisement de ses rations et l'arrivée improbable des secours (aucun de ses proches n'est au courant de son expédition), Ralston prendra la décision qui s'imposera afin de se libérer.
Le premier souci avec
127 heures c'est - pour peu qu'on se soit intéressé un minimum au récit originel – que la conclusion est connue d'avance. Le second tient dans cette impression tenace que
Danny Boyle est arrivé trop en retard (ou pas assez) par rapport à l'autre huis-clos claustrophobe de
Rodrigo Cortés,
Buried. Une comparaison dont va forcément souffrir l'œuvre critiquée dans ces lignes puisqu'en matière de sensations fortes celle-ci se montre moins insoutenable que sa collègue (hormis le dernier quart d'heure) et
La Mort Suspendue au sujet très proche. Mais peut-être n'était-ce pas là son objectif ? Non, ça ne l'était pas. D'évidence,
Danny Boyle est beaucoup plus passionné par le parcours psychologique d'un solitaire proche de l'asocial aimant à fuir la civilisation, qui va connaître l'impitoyable ironie de voir son vœu exaucé, que par l'horreur d'être pris au piège dans un tombeau à ciel ouvert et la débrouillardise de son personnage principal allant lui permettre de s'en sortir. Même si le réalisateur ne néglige pas ses deux composantes.
L'autre défi soulevé par
127 heures fut indéniablement de dynamiser narrativement et visuellement un long-métrage reposant sur l'immobilité majoritairement complète de l'action. En cela, les allergiques au style anarchiste de l'auteur de Slumdog Millionnaire seront des plus agacés par une mise en scène qui d'entrée de jeu agresse l'œil, explose à la figure du spectateur : matraque d'images saccadées, cadrages épileptiques... comme une décharge électrique supposée nous garder dans un perpétuel réveil. On ne reprochera pas à
Danny Boyle de faire du
Danny Boyle à 200% considérant que certains de ses choix collent parfaitement à l'état d'esprit du personnage incarné par un
James Franco totalement dévolu à la cause. En revanche, c'est sensiblement moins le cas de certaines situations dont le scénario de
Simon Beaufoy aurait pu s'abstenir (les souvenirs clichés de la petite amie Clémence Poesy), diminuant l'impact de la tension générale.
Bien que ne jouant pas vraiment sur les mêmes plates-bandes que Buried, le dernier Danny Boyle n'égale pas la réussite de son prédécesseur, souffrant d'autant plus qu'il ne tire avantage de ses partis-pris esthétiques et scénaristes, aussi vivifiants qu'agaçants.