Plus de quarante ans après Henry Hathaway, les frères Coen adaptent pour le cinéma le roman de Charles Portis.
Ceux ayant vu en
No Country for Old Men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme un western détourné ont forcément dû se réjouir de voir les frères Coen se décider d'aborder le genre de front. Toutefois, il faut mettre en garde contre des attentes qui ne seront pas toujours comblées selon ce qu'on espère de cette nouvelle adaptation du roman de Charles Portis (ayant déjà l'objet d'une transposition cinématographique en 1969 sous le titre
Cent dollars pour un shérif) dont la plume n'a strictement rien à voir celle de
Cormac McCarthy.
De ce fait,
True Grit ne pouvait présenter la même sécheresse de ton et la violence implacable qui jalonnait la course poursuite meurtrière du psychopathe Anton Chigurh, puisque la fidélité scénaristique des réalisateurs vis à vis du périple vengeur de Mattie Ross ne le permet pas. Le regard des écrivains sur un Ouest mythique condamné à disparaître n'étant pas le même. Mattie (l'inconnue
Hailee Steinfield crève l'écran) est une enfant de 14 ans partie seule à la frontière du pays « civilisé » pour y engager un homme de loi susceptible de ramener devant la justice, le lâche qui exécuta son père pour deux pièces d'or. Elle le trouve rapidement en la personne du marshal borgne Rooster Cogburn (
Jeff Bridges) une gâchette aussi fine que facile qui finit par accepter le contrat. Duo atypique s'il en est (très vite rejoint par un Texas Ranger fier et bavard interprété par
Matt Damon) qui permet au frangins d'insuffler un humour cocasse cher à leur cœur sans jamais trahir les mots de Portis, ni son regard doux cruel sur une chasse à l'homme déchargeant plus de philosophie sur la nature humaine que de plomb. Voilà qui pourra décontenancer plus d'un amoureux des duels au soleil et autres fusillades mais la proposition des Coen vaut amplement toutes les espérances qu'on pouvait se faire.
Certes
True Grit n'a pas l'aspect « badass » escompté, il n'empêche que le film a plus d'un atout dans sa manche pour retourner la déception à son avantage : une mise en scène d'une transperçante beauté (difficile d'oublier la première apparition de Cogburn, la découverte du pendu…), des comédiens impeccables (un second oscar pour Bridges ou on fait un malheur !), totalement complices de l'univers tragi-comique des Coen et en totale harmonie avec des décors appelant à l'aventure. On n'ira peut-être pas jusqu'à dire que
True Grit réinvente le western mais assurément il en revigore les fondamentaux avec une verve poétique qui ne s'évapore que bien après la projection.
Harmonieux mariage du roman d'origine et de l'univers des Coen, True Grit redonne un petit coup de fouet au western, en même temps qu'il fait les présentations avec une jeune comédienne prometteuse et un vieux briscard au top de sa forme.