Treize ans après Susan à un plan, John Landis revient au cinéma avec Cadavres à la pelle. Il nous avait manqué.
John Landis c'est d'abord quelques inusables classiques des années 70/80 (
American College,
The Blues Brothers,
Le Loup-garou de Londres…). Passé le cap des années 90, la suite aura été nettement moins reluisante jusqu'à ce que le réalisateur ne mette sa carrière en sourdine au début de ce siècle naissant – à peine ressuscitée par deux collaborations à l'anthologie
Masters of Horror comptant parmi les plus inoffensives du lot. Pourtant, si on le compare à d'autres notoriétés du cinéma horrifique en perte de vitesse (
Dario Argento,
Wes Craven…), Landis garde son intégrité entière. Sûrement parce que l'homme (adorable et pas prétentieux pour un sou) agit avant tout par envie ou passion. Même si le résultat n'est pas totalement à la hauteur des attentes.
Comme ce
Cadavres à la pelle revenant sur l'un des faits-divers criminels les plus célèbres du Royaume-Uni suivant deux zozos peu scrupuleux (les William Burke et Hare), qui décident de se lancer dans le commerce de défunts frais en réponse à une demande croissante des universités de médecines. Quitte à précipiter discrètement le décès de quelques malheureux afin d'éviter la pénurie des stocks. Compte tenu de la substance intensément morbide de l'histoire et le goût immodéré de
John Landis pour le second degré, il était permis d'espérer de ce come-back la concrétisation d'une brillante comédie noire aussi méchante qu'irrésistiblement drôle. Dans les faits, ce n'est qu'en partie vrai car
Cadavres à la pelle penche rapidement d'un côté, en défaveur de l'autre.
C'est là qu'on voit bien que le cœur de
John Landis a toujours balancé pour la gaudriole et que son titre honorifique de « Maître de l'horreur » (le faisant bien rire soit dit en passant), ne devrait être pris en compte quant à l'appréciation d'un retour récréatif des plus agréables. Davantage de macabre n'aurait sûrement pas dépareillé au milieu d'un amoncellement de corps expédiés in patres puis charcutés par un chirurgien peu regardant sur la provenance de la marchandise. Mais
Cadavres à la pelle ne cherche pas à jouer les contestataires par la violence. Au contraire. Car ce n'est pas tant l'association de malfaiteurs qui intéresse notre cinéaste lorgnant du côté des préoccupations sentimentales de Burke (
Simon Pegg) pour une jeune gourgandine aspirante comédienne (
Isla Fisher). Ici réside toute l'impertinence du film étouffant (ou justifiant) volontairement l'immoralité des actions d'un faux héros, bonne pâte influençable dans la fiction alors que le vrai personnage était un gredin de première. Une édulcoration de la réalité qui va de pair avec le glaçant constat de
Cadavres à la pelle rappelant que les progrès de la médecine moderne ont abouti grâce à des pratiques illégales.
Dès lors, on regrettera que le récit ne donne pas plus de place à son complice
Andy Serkis, ouvertement délaissé par une comédie romantique et malicieuse politiquement incorrecte, minutieuse dans la reconstitution de son époque et parsemée de caméos (
Christopher Lee,
Ray Harryhausen,
Costa-Gavras…), beaucoup trop timides.
Le retour en mode mineur de John Landis mais un retour tout de même débouchant sur une inattendue comédie romantique (si, si !) au macabre inexploité.