Après 5 ans d'absence, Bertrand Blier revient derrière la caméra en mettant Albert Dupontel sur le dos de Jean Dujardin dans Le Bruit des glaçons.
Combien tu m'aimes ? avait laissé les admirateurs de
Bertrand Blier dans le flou, pour ne pas dire la déception. Après un hiatus de plusieurs années, le voilà de retour avec un duo de têtes d'affiche des plus appétissants : à savoir
Jean Dujardin et
Albert Dupontel. L'histoire est simple :
Albert Dupontel incarne le Cancer de
Jean Dujardin et se pointe un jour dans sa grande demeure campagnarde pour lui signifier qu'il ne le lâchera pas jusqu'à sa mort…
A la lecture du pitch et à la connaissance du casting, il pouvait y avoir une légitime attente fébrile quant au résultat final d'une œuvre qui ne pouvait pas décevoir. Parce que l'association de deux grands talents d'acteur du cinéma français n'avait pas le droit d'échouer et parce que
Bertrand Blier devait une petite revanche aux spectateurs restés dubitatifs devant sa dernière œuvre. Et bien qu'on se rassure en prenant la nouvelle avec la plus grande joie :
Bertrand Blier is back ! Le metteur en scène (des
Valseuses ou de
Tenue de soirée, faut-il le rappeler aux plus jeunes) parvient à allier avec
Le Bruit des glaçons un humour noir quasi imparable (comment peut-on rire aussi généreusement devant tant d'horreur ?), un sens du burlesque délicieux et un réel souffle d'humanité salvateur qui donne aux protagonistes toute leur consistance. Il tire par la même occasion un véritable tapis rouge à ses deux stars en leur ciselant des dialogues d'orfèvre et en dressant des situations où ils peuvent laisser exprimer tout leur talent,
Albert Dupontel s'avérant jubilatoire en Cancer goguenard et
Jean Dujardin démontrant une fois de plus (s'il en était encore besoin) qu'il joue dans la cour des grands, traînant une mine déconfite avec la plus grande des classes.
Voilà ce qu'on appelle du talent à l'état pur, qui plus est magnifiquement soutenu par des seconds rôles qui ont une bonne place,
Anne Alvaro en tête effectuant une prestation toute en fragilité, tout comme
Christa Theret, la révélation de
LOL (laughing out loud) qui sait se fondre parfaitement dans l'univers dressé par
Bertrand Blier, ou encore
Myriam Boyer en Cancer version féminine toute aussi décapante. Le réalisateur parvient à placer son film quelque part entre le réalisme désabusé et le fantastique élégant, livrant quelques scènes ornées de beaux travellings au sein d'un métrage soutenu par une bande originale méticuleusement fabriquée, renforçant la volonté de décalage et de rupture désirée avec une maîtrise certaine, renvoyant tous les pseudos-metteurs en scène de comédie balourdement franchouillarde à leurs études. Là où bon nombre font dans la recette facile en se moquant de l'esthétique,
Bertrand Blier fait du vrai cinéma où chaque élément est minutieusement pensé. Et au final, tant pis si on se dit qu'on aurait pu atteindre encore un niveau supérieur dans la folie tant ce
Bruit des glaçons résonne avec une douceur infinie à notre oreille, livrant son message d'espoir face à la maladie à sa manière, qui sait tout autant stimuler les zygomatiques que l'esprit.
Bertrand Blier revient en forme en manipulant l'humour noir avec délectation et en permettant à Jean Dujardin, Albert Dupontel, mais aussi beaucoup Anne Alvaro, de briller.