Lars von Trier est de retour en compétition au Festival de Cannes avec Melancholia, du nom de la planète s'apprêtant peut-être à entrer en collision avec la Terre.
Après avoir créé la controverse en 2009 avec son
Antichrist, qui permit à
Charlotte Gainsbourg de rafler le prix d'interprétation,
Lars von Trier est de retour sur la Croisette avec le film plus « classique » qu'est
Melancholia. On y suit la vie d'une famille alors qu'une planète se rapproche de la nôtre. Séparé en deux, le récit nous invite à suivre d'abord le parcours de Justine, la fille qui va se marier mais qui déprime, et celui de Claire, sa sœur, complètement paniquée par la prétendue arrivée de cette planète.
Il ne faudra pas chercher le scandale cannois cette année avec
Lars von Trier (si ce n'est peut-être en conférence de presse).
Melancholia s'avère être un beau film au titre à double sens. S'ouvrant sur un superbe prélude tout bonnement à tomber par terre fait de plusieurs plans dignes de grandes peintures accompagnés d'une musique flamboyante, le film traite autant du sentiment de mélancolie que de la planète qui arrive pour certainement nous anéantir. La mélancolie est donc fortement présente et superbement incarnée dans la première partie par une
Kirsten Dunst qui nous rappelle là toute l'étendue de son talent. Semblant porter le poids du monde sur ses épaules, l'actrice apporte une émotion diffuse qui sera d'ailleurs la marque de tout le métrage,
Lars von Trier évitant bien toute effusion, même lors de la seconde partie poignante plus tournée vers
Charlotte Gainsbourg et la fin du monde à proprement dit, qui se clôt sur une séquence finale de toute beauté. Le metteur en scène opère ici également un brillant parallèle entre l'extinction de la planète et celui d'une famille, à travers le mariage démontré dans la première partie, où tout le monde semble finalement se détester cordialement (on y retrouve d'ailleurs de nombreux dialogues croustillants, notamment délivrés par une
Charlotte Rampling en mère de famille désabusée). Avec une mise en scène précise où chaque plan est cadré au millimètre près,
Lars von Trier parvient, surtout dans la seconde partie, à apporter une vraie dimension poétique à son récit et à faire grimper l'intensité au fur et à mesure que l'inéluctable semble s'approcher. A l'inverse de son dernier
Antichrist,
Lars von Trier livre ici un film limpide empreint d'une « belle » et sincère tristesse, qui nous touche sans artifices (hormis les moyens qu'il a eu pour nous livrer des séquences graphiques de grande ampleur) et nous donne à voir sa version de l'apocalypse terrestre mais aussi émotionnel, loin d'être inintéressant, bien au contraire.
Lars von Trier nous livre avec Melancholia un beau film apocalyptique gracieux qui touche au cœur.