Un magazine de presse people organise un jeu pour gagner un vieillard. Une idée originale mais un film peu convaincant.
Huitième film du réalisateur prolifique de
La vérité si je mens !,
Victor est un film un peu plus intimiste pour le réalisateur qui avait signé le beau
Michou d'Auber il y a deux ans. Produit par
TF1 et
M6 ( !),
Victor semble être davantage réservé aux férus du petit écran qu'aux cinéphiles qui risquent d'être déçus par ce long-métrage qui se laisse voir sans déplaisir aucun sans toutefois faire avancer le « schmilblick » de la comédie française. Pour tout dire, s'il n'était servi par un casting en or,
Victor ne revêtirait qu'un intérêt très superficiel. On peut même dire que
Thomas Gilou (qui réalise également de nombreux documentaires pour la télévision) a réalisé ici l'un de ses films les plus faibles si l'on excepte l'affreux
Chili con carne sorti il y a tout juste dix ans.
Alice (
Sara Forestier) est montée à Paris pour être journaliste. Elle se retrouve stagiaire dans un magazine de presse people avec un rédacteur en chef aux dents longues (
Lambert Wilson) qui la considère comme une moins que rien. Dans le même temps, elle fait la connaissance d'une personne âgée, Victor (
Pierre Richard), voisin de palier érudit et esseulé qui risque d'être expulsé de son logement. Afin d'aider Victor, elle va organiser un concours dont le gain sera l'adoption du vieil homme. Malgré ses airs de gentil « vieux » inoffensif, Victor va en faire baver à la famille gagnante, les Saillard (
Clémentine Célarié et
Antoine Duléry) et tel un
Terence Stamp issu du
Théorème de
Pier Paolo Pasolini ou un
Boudu sauvé des eaux moderne, il va peu à peu faire éclater la cellule familiale en mettant les défauts de chacun au grand jour.
Tiré du roman de
Michèle Fitoussi et co-adapté par
Liza Azuelos, réalisatrice et scénariste de
LOL mais aussi du très mauvais
Ainsi soient-elles (c'est dire son talent),
Victor aurait pu être un film parfaitement réussi si, justement, le scénario ne se perdait dans des thèmes multiples au lieu de se concentrer sur le personnage central.
Victor traite du sort réservé aux personnes âgées dans la société actuelle, de l'hypocrisie bourgeoise, des dérives de la presse people (on en passe et pas forcément des meilleurs), thèmes auxquels il faut rajouter les rapports amoureux des protagonistes, le comble étant atteint avec l'histoire sentimentale d'
Alice dont on se fout éperdument. Heureusement,
Victor bénéficie de quelques scènes assez drôles et d'un casting formidable, à la tête duquel
Pierre Richard, loin des personnages lunaires et maladroits interprétés chez
Francis Veber ou
Yves Robert, est définitivement épatant.
Clémentine Célarié en femme frustrée puis adultère,
Antoine Duléry en gentil perfide (il adopte Victor pour pouvoir régler ses crédits et se faire construire une piscine),
Lambert Wilson en patron carriériste aux attitudes répugnantes, sont tous parfaits. Seule
Sara Forestier est mal servie par un scénario qui ne lui permet pas de briller au milieu de tous ces acteurs talentueux.
Les seconds rôles apportent une belle énergie au film, réussi dans ces quelques échappées délirantes. Le personnage de Victor, « vieillard » en pleine forme, calculateur et hypocrite est le soleil du film et ses rapports entre la femme de ménage (forcément portugaise...) ou l'épouse Saillard révèlent de purs moments de comédie. Pourtant, on reste sur sa faim et on conseillera à
Thomas Gilou de revenir à des films plus ambitieux comme il avait l'habitude (malgré une filmographie chaotique) de nous en offrir (
Black Mic-Mac,
La vérité si je mens ! 1 et
2,
Michou d'Auber). Un peu décevant mais tout de même sympathique,
Victor n'atteint jamais les espérances qu'on avait mises en lui. Dommage !
Malgré une pléiade d'excellents acteurs, Victor veut traiter trop de sujets à la fois et finit par se perdre dans les méandres d'un scénario qui oublie de s'attacher à son personnage principal.