Peut-on se sortir de la dépendance alcoolique et de quelles façons ? Cette question est au centre du métrage de Philippe Godeau, qui signe un film utile et dérangeant.
Au départ du premier film de
Philippe Godeau, producteur et distributeur de talent (
Baise-moi de
Virginie Despentes,
L'homme de sa vie de
Zabou Breitman et plus récemment
Largo Winch de Jérôme Salle, c'est lui), il y a le roman autobiographique et éponyme de
Hervé Chabalier sorti en 2004. L'ancien grand reporter y racontait son parcours pour sortir définitivement de la dépendance alcoolique. Ainsi, au début du film, on voit Hervé (
François Cluzet) débarquer dans un centre de cure pour remédier à ses problèmes d'addiction. Fouille, repérage des lieux, premiers contacts avec les personnes travaillant au centre (uniquement des anciens alcooliques) et avec les patients, constituent le point de départ du film qui retrace le parcours d'un malade qui cherche à s'en sortir. Pratiquement toute l'action du film se déroule à l'intérieur du centre mais, n'ayez pas peur, tout en signant un film à message,
Philippe Godeau, qui a écrit l'adaptation avec l'auteur du livre mais aussi avec
Agnès de Sacy (fidèle collaboratrice, entre autres, de Valeria Bruni-Tedeschi), n'a pas oublié qu'au cinéma le mot d'ordre est la distraction.
Le dernier pour la route montre ainsi les moments douloureux, les doutes des patients mais aussi le caractère indispensable que chacun d'entre eux entretient dans le cadre de la thérapie de groupe. En prônant l'ouverture aux autres, le partage des expériences par la parole retrouvée,
Le dernier pour la route fait montre sinon d'un certain optimisme, en tout cas d'un bel espoir.
Philippe Godeau a compris que, pour raconter une telle histoire, le mieux était de s'effacer devant le sujet et les acteurs. Ainsi, la mise en scène ne souffre pas d'une technique da haute volée, ce qui était le piège à éviter à tout prix et il mélange avec talent le déroulement du récit, les flash-backs (un peu répétitifs, certes, d'un Hervé qui boit compulsivement au goulot des bouteilles de vin) et les images tirées des véritables archives personnelles d'Hervé Chabalier.
Que dire de l'interprétation toute en sobriété de
François Cluzet qui après son César pour le film de
Guillaume Canet (
Ne le dis à personne) risque bien de se retrouver en début d'année prochaine avec une seconde statuette du meilleur acteur. L'immense
Michel Vuillermoz joue Pierre (qui revient au centre de cure après moult essais de désintoxication) avec une détresse mais aussi un humour qui lui est tout personnel. Quant à
Mélanie Thierry qui change de cap après
Babylon A.D. ou
Largo Winch, elle est ici toute en fragilité et prouve qu'à l'heure d'aujourd'hui, elle peut jouer des personnages aux antipodes les uns des autres. La musique signée
Jean-Louis Aubert renforce encore le charme du film. Le premier film de
Philippe Godeau est, par conséquent, une belle réussite car en signant un film utile et entier, il a su faire jaillir l'émotion et la sensibilité à l'intérieur d'une histoire qui ne se la joue pas « donneuse de leçons » mais œuvre en tant qu'aide aux êtres dépendants (et on est tous « addict » à quelque chose), sans cérébralité aucune.
Un dernier pour la route est un film à la fois généreux et sincère, à voir pour la prestation de François Cluzet mais aussi pour se remettre en question, ce qui n'est pas si mal parfois.