Cet été, la distribution française se met à l'Heure du crime avec la sortie du premier long-métrage de Giuseppe Capontondi. Prometteur.
Ne vous fiez pas à la traduction française du titre,
L'Heure du crime (
La Doppia Ora en version originale) n'est ni une adaptation d'un roman policier d'Agatha Christie, pas plus qu'il n'appartient au genre du giallo italien comme le laisserait sous-entendre également l'affiche hexagonale. D'ailleurs il est assez retors de définir la nature exacte du long-métrage de Giuseppe Capontondi en un seul terme générique car celle-ci est multiple, aussi bien rattachée au cinéma d'
Alfred Hitchcock, de
Roman Polanski, de
Alejandro Amenabar ou de
M. Night Shyamalan. A cheval sur plusieurs tonalités (romance, drame, thriller, fantastique…), le réalisateur brouille les pistes de son récit au risque de parfois embrouiller le spectateur. Même le plus observateur.
Pourtant –hormis un suicide inexpliqué en guise d'introduction - l'histoire de
L'Heure du crime débute en toute simplicité, presque d'une façon banale : Sonia, une femme de ménage rencontre Guido lors d'un speed dating, un ex flic reconverti en vigile. Les deux célibataires se trouvent rapidement des affinités qui les conduisent à vivre une idylle sans ombre à l'horizon. Jusqu'au jour où Guido (
Filippo Timi, sosie transalpin de
Javier Bardem) est assassiné par des cambrioleurs venus détrousser la maison qu'il était chargé de surveiller. Bouleversée par sa disparition prématurée, Sonia (Ksenia Rappoport) commence à douter de sa santé mentale quand elle voit son défunt amant la hanter. Phénomène paranormal ou folie culpabilisante ? Guiseppe Capontondi laisse planer le doute durant les ¾ de son film qui semble devoir se conclure à chaque quart d'heure passé avant d'être relancé par l'insémination d'une nouvelle sous-intrigue. Probablement inquiet que la finalité de son stratagème mis en place ne soit découvert avant un twist malicieusement malhonnête, le réalisateur s'éparpille en faisant le choix de ne donner au spectateur aucune clé pouvant lui permettre de décrypter progressivement son puzzle.
Une démarche qui ne fera certainement pas l'unanimité mais s'avère plutôt payante bien qu'ayant l'inconvénient de rendre la première vision partiellement confuse, inégale et inutilement étirée. Allégé de 15 à 20 minutes,
L'Heure du crime n'en aurait été que plus direct et efficace sans que la compréhension globale n'en pâtisse. Si elle ne convainc qu'à moitié dans sa construction posée sur des paquets d'œufs, l'œuvre possède au moins le mérite de vouloir se distancier d'une production nationale souffreteuse, qui réfléchit moins en terme cinématographiques qu'en considérations télévisuelles (cela ne vous rappelle pas un autre pays ?). C'est sans doute pourquoi Hollywood n'a pas tardé à s'intéresser à l'objet avec l'intention avouée d'en tirer un remake US qui sans aucun doute sera nettement plus clair dans ses intentions… mais aussi probablement sans saveur.
Car malgré tout son procédé,
L'Heure du crime reste avant tout une belle et impossible histoire d'amour entre deux solitudes en quête d'affection, deux âmes fragiles pulvérisées par la force des évènements. Un bilan tragique en quelque sorte des relations homme/femme de notre époque où toutes les considérations matérielles prennent le pas sur l'attraction des sentiments sincères.
Giuseppe Capontondi bouscule sensiblement les habitudes de l'actuel cinéma transalpin en signant une première œuvre souvent inspirée (parfois moins) qui suscitera des débats au sein des cercles cinéphiles (scénario malin ou véritable arnaque ?). Quoiqu'il en soit, tout le monde devrait se mettre d'accord sur l'interprétation toute en sensibilité des deux comédiens.