Peut-on imaginer le déroulement d'une ultime journée sur terre après avoir programmé sa propre mort ? Tom Ford dévoile dans un drame émouvant le deuil d'un amour perdu.
Los Angeles, 1962. George a perdu goût à la vie depuis que son compagnon est décédé dans un tragique accident de voiture. Incapable de faire le deuil de leur histoire d'amour, il se réfugie dans une routine qui le tue subrepticement de l'intérieur, jusqu'au jour où il décide que cette journée sera la dernière. Mais c'est sans se douter que les rencontres qu'il fera en chemin lui permettront de voir la vie sous un jour nouveau.
La première chose qui nous frappe dans
A Single Man c'est la façon dont
Tom Ford fait appel à nos sens pour provoquer des émotions pures et authentiques. Avec une dextérité remarquable, la caméra sonde les personnages, s'approche au plus près d'eux, palpant leurs âmes, nous faisant vivre leurs tourments ; un gros plan sur un œil, un visage éteint, deux bouches qui s'embrassent… Le cinéaste conjugue mise en scène raffinée et mort annoncée afin d'instaurer un climat de malaise. Et c'est avec une compassion tangible que l'on suit la dernière journée sur terre d'un homme accablé par le chagrin. Dès lors que la décision est prise, l'arme fatale embarquée, le compte à rebours est lancé. Mais quand va-t-il franchir le pas ? Défile alors une série de personnages qui vont lui permettre de se poser d'autres questions : la vie vaut-elle finalement la peine d'être (re)vécue. Sans cesse objet du regard, George va finalement être au centre de toutes les attentions et se rendre compte qu'il existe aux yeux du monde. Mais pas seulement. Ses têtes à têtes avec le jeune étudiant bisexuel, le gigolo beau comme un dieu, le temps passé avec sa meilleure amie, vont également lui offrir une autre vision de la vie, de sa vie, celle qu'il s'est refusé de voir pendant des mois : les bonheurs simples.

Colin Firth transcende l'écran. Avec un charisme évident et une interprétation remarquable, l'acteur dégage une sensualité aussi naturelle que troublante. Sans jamais être dans la séduction il n'aura de cesse de susciter le désir chez ceux qu'il rencontre. Et force est de constater que les seconds couteaux ne trouveront pas leur place dans ce film où chaque protagoniste apporte sa pierre à l'édifice et permet à George d'élever sa conscience à un niveau insoupçonné, qui relève non plus de l'intelligible, mais du sensible.
Julianne Moore n'est pas sans reste. Irradiant de beauté, elle compose un rôle saisissant en voulant défier, par désespoir et solitude, l'homosexualité de George. A partir d'un drame, le cinéaste compose une sorte de poésie visuelle, dans laquelle les personnages sont sans cesse sublimés par la caméra pour donner un véritable sens à la beauté. Car le beau n'est pas seulement un instrument de plaisir ou de désir, mais une véritable prise de conscience existentielle. Pour aimer la vie, il faut la trouver belle, tout simplement. Pour un premier film
Tom Ford, fort de son expérience chez Gucci et Yves Saint-Laurent, transforme son curriculum vitae en arme redoutable, faisant de
A Single Man non seulement un film touchant au regard du sujet qu'il aborde, mais une œuvre singulièrement belle et sensuelle.
Tom Ford livre un premier film éblouissant de beauté qui saura nous faire vivre avec émotion le désespoir d'un homme qui a décidé d'en finir avec la vie.