La nouvelle pépite du cinéma allemand nous vient cette année du réalisateur Fatih Akin qui officie dans un terrain sur lequel on ne l'attendait vraiment pas.
Nul n'aurait pu prédire que le cinéma de
Fatih Akin dériverait aussi précipitamment vers la lumière. Qu'avec
Soul Kitchen, il entreprendrait un 180 degrés vers une tonalité radicalement légère et enjouée par rapport à ses travaux précédents. Le grand écart n'est pas toujours un exercice facile à pratiquer, mais force est de constater que cela lui sied à merveille, car le réalisateur de
Head-On et de
De l'autre côté nous offre une petite douceur prenant les allures d'un bon « feel-good movie » qui fait du bien par où ça passe. Peut-être parce qu'au départ, tous les ingrédients d'une savoureuse comédie de proximité sont présents sur la carte du menu :
Zinos (
Adam< Bousdoukos) est le propriétaire d'un restaurant bricolé d'Hambourg (baptisé le « Soul kitchen »), sur lequel va s'abattre tous les maux du monde. Entre une pile de dettes à recouvrir, une petite amie qui s'est fait la malle pour Shanghai, un grand chef tatillon faisant fuir les habitués, un frangin en liberté conditionnelle, un ancien camarade de classe mafieux cherchant à racheter l'établissement pour le raser et transformer le faubourg ouvrier des alentours en un quartier bourgeois à la mode, plus un mal de dos carabiné… la vie de Zinos prendrait des allures de Bérézina, si son boui-boui ne devenait pas tout à coup un lieu de ralliement populaire où se mêlent les générations sous un chapelet de musique, de grande cuisine, d'alcool et de joie de vivre communicative.
Soul Kitchen est comme ces instants magiques qui ne durent qu'un court moment. Un instantané d'une certaine philosophie de partage, d'amitié, de dégustation du présent (pas très éloigné d'une pensée hippie), qui se concrétiserait et réussirait temporairement à échapper au cynisme ambiant et au matérialisme égoïste inculqués par la société d'aujourd'hui. L'éternel rêve de la victoire des faibles sur la domination des puissants, étalée sur une tranche de bonheur à déguster sans modération. Le tout assaisonné de valeurs humanistes, d'une critique sociale en filigrane, et orné d'une belle galerie de personnages iconoclastes, interprétés par une troupe de comédiens (une sorte de dream team de la filmographie du réalisateur) aussi à l'aise qu'attachante. Essayer le long-métrage de
Fatih Akin, c'est obligatoirement adopter sa finesse de ton et la générosité qui l'anime pendant 1h40.
On l'aura compris, au-delà de son discours engagé,
Soul Kitchen est surtout un plaisir de cinéma immédiat, drôle (le plus important) et bienfaisant. Tellement bien rythmé que le temps paraitra irrémédiablement trop court pour apprécier une à une toutes les saveurs disséminées dans ce local populaire qu'on ne voudrait jamais quitter. Si on y ajoute la succulence de la bande originale, on n'est pas loin de se dire qu'on vient peut-être de trouver le digne successeur germanique de l'excellentissime
Good Morning England de
Richard Curtis, avant de remercier l'hôte pour nous avoir convié à une si bonne table. Assurément la comédie qu'il faut voir (et pourquoi pas revoir) cette année.
Fatih Akin nous régale avec un tourbillon de saveurs, frais et enlevé qui a tout pour devenir le nouveau petit phénomène venu d'Allemagne.