Après Moi, moche et méchant, Megamind prouve que les bad guys ont la cote dans le cinéma d'animation, à défaut d'avoir la niaque.
Megamind et Metro Man sont ennemis depuis la nuit des temps. L'un veut semer le trouble dans la ville de Metro City, l'autre se charge de la sauver. Aussi génial que soit son esprit criminel,
Megamind finit toujours par se faire avoir par les superpouvoirs de son adversaire. Mais par le plus grand des hasards, le génie du mal réussit à se débarrasser de son adversaire… de manière définitive. La satisfaction de la victoire sera de courte durée pour le vainqueur, s'ennuyant des affrontements avec Metro Man qui ponctuaient son existence. Qu'à cela ne tienne, il va créer un nouveau super héros à défier. Malheureusement sa création va se laisser séduire par le côté obscur de la force et obliger
Megamind à venir à la rescousse de Metro City.
Kung Fu Panda,
Monstres contre Aliens et
Dragons laissaient à penser que
DreamWorks Animation commençait enfin à se diriger doucement vers une production qui, à défaut d'être notable et irréprochable, pouvait au moins prétendre à un petit mieux qualitatif. Seulement, voilà il y a quelques mois, Shrek 4 était venu nous rappeler que malgré ses efforts, le studio de Jeffrey Katzenberg était toujours disposé à retomber dans ses vieilles et vilaines habitudes dès que l'occasion se représentait. Il y a les films essayant de se démarquer par des concepts originaux (ceux désignés plus hauts), et puis ceux s'engouffrant dans les sillons creusés par d'autres sans une once d'originalité. Désormais il faut y ajouter une troisième catégorie : celle présentée par
Megamind, qui se retrouve coincé entre les deux.
Impossible de ne pas penser au récent
Moi, moche et méchant pour l'antihéros mis sur un piédestal, ou à
Les Indestructibles de Pixar dont
Tom McGrath (les deux
Madagascar) semble vouloir prendre tardivement la relève. Il n'est donc pas étonnant de voir que le scénario reprend certaines caractéristiques de l'œuvre de
Brad Bird (le corruptible Titan est un geek frustré, tiens, tiens) en moins bien. Les directives artistiques (certains designs sont pauvres) et le schéma narratif inhérent aux productions DreamWorks (une intro emballante, un milieu mollasson, une conclusion moraliste dénuée d'émotion) vient une fois de plus rabaisser un pitch de départ diaboliquement malin et audacieux… à condition d'être mené jusqu'au bout. Ce que le réalisateur se montre de nouveau incapable de faire lorsqu'il s'agit de manier le double niveau de lecture. En gros, d'être un minimum subtil.
Ça, c'était pour le pire. Pour le meilleur, on se reportera sur le travail fait sur le personnage principal (à n'écouter qu'avec la voix de
Will Ferrell) et son Némésis positif (à n'écouter qu'avec la voix de
Brad Pitt), sorte de caricature d'Elvis mélangée avec le
Superman de
Richard Donner auquel il est rendu plusieurs savoureux hommages (l'irrésistible caricature de
Marlon Brando). Dommage seulement que le récit se prive rapidement des services de Metro Man pour se tourner exclusivement sur l'évolution sage et consensuelle d'un vilain perdant de sa superbe au fil de sa reconversion professionnelle. Malgré sa mauvaise ligne de conduite,
Megamind amuse ce qu'il faut pour passer un agréable moment durant la découverte de sa première vision. Pas sûr que cela soit le cas lors d'une nouvelle présentation.
Megamind fait le mal et le fait trop bien pour dépasser les limites de son concept rapidement mis sur les rails du politiquement correct. Mauvais élève, mais pas assez.