Le conte des frères Grimm relooké par Walt Disney Pictures. De quoi s'en réjouir ou s'en arracher les cheveux ?
Kidnappée alors qu'elle n'était qu'un bébé,
Raiponce est élevée en secret dans une tour sans portes par Gothel, une femme égoïste qui veut s'approprier pour elle seule les effets rajeunissants de l'imposante chevelure dorée de la jeune fille. Mais à l'aube de ses dix-huit ans, la prisonnière n'a qu'une idée en tête. : explorer le monde extérieur pour aller à la rencontre des lanternes qui chaque année illuminent le ciel le soir de son anniversaire. La venue de Flynn Rider, un voleur de grand chemin désireux de trouver une cachette dans un endroit caché de tous, va être le déclencheur de sa fuite…

Il est des fois où l'enthousiasme constaté chez nos confrères de la presse nous laisse dans l'incompréhension la plus totale. Prenez donc le rédacteur de cet article qui ne cesse depuis des jours de s'étonner des papiers élogieux envers le dernier né de la manufacture Disney auquel il n'accorde - en son âme et conscience - que peu de crédit. Le pauvre garçon est complètement effaré de lire des mots arguant du retour en grande pompe de la société aux grandes oreilles soi-disant réinstallée à son meilleur niveau depuis des décennies avec un long-métrage audacieux et « décoiffant », faisant office de véritable renouveau créatif. Ce même hurluberlu qui continue de penser que
La Princesse et la grenouille ne fut qu'une pause nostalgique, jolie mais poussiéreuse, pendant qu'une majeure partie des professionnels y voient un classique du cinéma d'animation. De quoi se demander si l'animal en question a bien les yeux en face des trous ou si ses lunettes 3D prêtées pendant la projection de
Raiponce n'avaient pas un sérieux défaut de mise au point.
D'emblée, il vous rétorquera qu'il n'est pas en cause et que ses binocles tridimensionnelles étaient réglées à la perfection. Où est le problème alors ? Dans le fait que le nouveau film de
Nathan Greno et
Byron Howard (
Volt, star malgré lui) est symptomatique de la quête d'identité qui ralentit
Walt Disney Pictures depuis plus de dix ans. Société bousculée par l'émergence rapide de l'animation entièrement générée par ordinateur, empêtrée dans un héritage idéologique dont elle n'arrive pas à renouveler les recettes, et probablement décontenancée par la prise en main de son département par le patron de Pixar,
John Lasseter, laissant à penser toutefois que son rôle de producteur exécutif tient davantage du titre honorifique. Certes
Raiponce n'a rien à voir avec les princesses passives attendant sagement la venue libératrice de leur prince charmant (un peu gredin et suffisant dans le cas), cela en fait-il l'équivalent de la combative Fiona des deux premiers
Shrek ? Assurément non, et ce soi-disant modernisme de protagonistes jetables n'est utilisé que pour imputer plus tard sur un récit tout ce qu'il y a de plus sage et conventionnel.
Il est même amusant (ou embarrassant c'est selon) de remarquer que certains passages de
Raiponce font démonstration d'un farouche premier degré là où l'ogre vert jouait à fond la c
arte de la dérision. Un conservatisme formel aboutissant sur un enchaînement de péripéties qui devient vite prévisible d'une scène à une autre pour le pratiquant de longue date des
Walt Disney mais qui passera comme une lettre à la poste pour les plus petits. Tout le problème se trouve dans ce ciblage trop précis d'une catégorie de spectateurs que les producteurs n'ont pas l'air de respecter. Pour preuve, les fils blancs sont légion et apparemment la direction a estimé qu'il n'était pas nécessaire de les cacher histoire de sauver les apparences. En parlant d'apparence, il y aurait beaucoup à dire sur une direction artistique souvent sans aucune saveur, incapable de rendre un minimum terrifiante la méchante (fausse) belle-mère du film ou de compenser l'affront fait à nos oreilles durant les passages musicaux tout juste acceptables pour une session de Star Academy (c'est la VF qui est jugée ici). Dur. Bien sûr tout n'est pas à jeter (le caméléon Pascal remplit parfaitement sa fonction d'élément comique) et
Raiponce ne saurait se voir figurer parmi les pires Disney. Seulement, il faut bien plus que la petite rébellion d'une adolescente contre ses parents ou la transformation de malabars belliqueux en doux rêveurs pour se revendiquer d'une veine anticonformiste quand la conclusion vient remettre gentiment tout ce petit monde (où presque) à sa place.
Le studio Walt Disney se cherche et pei(g)ne à se trouver une nouvelle identité propre dans cette relecture de conte qui voudrait se faire passer pour moins sage et conventionnelle qu'elle ne l'est. Un peu tiré par les cheveux comme attitude.