A l'heure où toutes les franchises renaissantes sombrent dans la régression, celle de Terminator opte pour le sens inverse, sans bouleverser l'ordre des choses.
Nous y voilà ! L'heure de vérité pour enfin savoir si la saga initiée par
James Cameron, comme chacun sait l'une des plus fondatrices du septième art, allait aux dires du titre français de ce quatrième opus renaître après avoir succombé sous les tirs pernicieux d'un troisième épisode fanfaron et d'une série télé miséreuse ayant bien amoché le mythe. N'est-ce pas justement le propre des mythes que d'être éternels par vent ou par pluie, de résister à l'oubli, aux déformations d'une aseptisation mercantile simplificatrice dans le cas présent, détournant d'un objectif, d'un sens que d'autres s'étaient acharnés à conserver à la sueur de leur front. Oui, la franchise se devait de se remettre sur pied et de remonter la pente pour prendre un nouveau départ. Et on peut dire que
Terminator Renaissance a au moins conclu la première action. Une remise à pied certes mais pas pour se caler exactement sur les traces de ses prédécesseurs. En faisant presque totalement abstraction du vilain canard de
Jonathan Mostow (et totalement des chroniques de Sarah Connor),
McG crève l'abcès et fonce illico vers l'essentiel de l'histoire. Bien évidemment la guerre entre les survivants du Jugement Dernier et les machines de Skynet qui ont jusque-là mené la vie dure à la résistance humaine à laquelle s'est rallié John Connor, entrevoyant une lueur d'espoir grâce à la découverte d'une onde radio pouvant stopper l'armée mécanique qui se met à capturer des prisonniers pour copier le tissu organique et rendre caduque notre race. Et si derrière cet apparent avantage se cachait un piège pouvant réduire à néant les efforts de la rébellion ? Et quel rôle joue le mystérieux Marcus Wright, un amnésique rescapé d'un camp de la mort derrière lequel se cache l'ombre de Cyberdyne?
Par ce saut temporel dans une époque légèrement entrevue chez
James Cameron et suffisamment nourricière de fantasmes,
Terminator Renaissance brise la routine scénaristique du passé en intégrant une nouvelle dynamique affranchie des règles de conduite devenues trop étroite, à travers le double parcours Marcus Wright/John Connor. Il respecte la mythologie construite par un amoncellement efficace et rarement envahissant de clins d'œil (le « I will be back » était-il nécessaire ?) à l'encontre des fans, dont les plus radicaux reprocheront sans doute la distance que prend cette future trilogie. Tant mieux penseront d'autres, se sentant libres d'apprécier ce spectacle indépendamment du reste avec lequel il demeure pourtant suffisamment raccordé pour être sûr de ne pas rompre le lien. En fait, ce sera à chacun de définir la façon dont il veut voir cet objet pas désagréable à l'œil.
La grosse crainte sur ce projet restait la présence à bord du capitaine
McG et de son éventuelle overdose de tics visuels frimeurs et d'esbroufe clippesque. C'était oublier vite que la légèreté cérébrale des
Charlie et ses drôles de dames requérait un tel style si décomplexé (nous sommes d'accord le second était une purge sans nom), que le réalisateur s'y était plié et qu'il n'allait pas adopter la même charte graphique. Celle de
Terminator Renaissance possède le punch, la vigueur et l'efficacité suffisante pour assurer le show, pas révolutionnaire pour un sou, mais néanmoins emballant. C'est un peu le gros reproche qui peut lui être imputé, celui de laisser le sentiment qu'il aurait pu naître bien avant, la technologie des années 90 pouvant allègrement supporter la masse d'effets spéciaux déballée.:
McG n'est pas
James Cameron (remarque pertinente !) et il ne fallait surtout pas s'attendre à le voir bouleverser le cinéma d'action. On se contentera d'un opus moins bon que les deux originaux, parsemé de moments de bravoure emballés avec soin, ornant un script captivant quoique imparfait.
Terminator Renaissance souffre quelque peu du gigantisme de son sujet, trop massif pour tenir dans un seul film se définissant comme l'introduction d'un récit plus vaste. Des passages qui auraient mérité de s'étirer sur la longueur sont inévitablement réduits à leur seule fonction démonstrative (le choix de Marcus déjà fait avant d'être posé), une poignée d'autres manquent carrément à l'appel (l'exploration des centres d'extermination), tout les personnages ne sont pas à la même enseigne (
Helena Bonham Carter,
Bryce Dallas Howard et malheureusement
Michael Ironside survolés). Des lacunes rattrapées étonnamment par la grande proportion du film à se concentrer sur les personnages et leur psychologie. Le judicieux choix des acteurs y est sans doute pour beaucoup. La surprise ne vient pas de
Christian Bale, excellent John Connor torturé par la menace d'échec de sa mission christique, elle naît des prestations d'
Anton Yelchin en Kyle Reese reprenant radieusement les mimiques de
Michael Biehn conférant un background suffisant. Mais la vraie révélation de
Terminator Renaissance restera indiscutablement l'australien
Sam Worthington, volant la vedette à son partenaire star en léger retrait. Son charisme et la forte impression laissée après la projection par son rôle de cyborg en recherche d'humanité, explorant une fois encore le pont entre homme et machine, sous le couvert d'une petite interrogation sur la seconde chance, vaut amplement le déplacement. On attend avec toujours plus d'impatience de le voir dans l'
Avatar de
James Cameron (celui-ci ne se sera pas trompé en le recommandant) dans lequel il devrait briller de mille feux. Une étoile est née… retenez bien son nom.
Terminator Renaissance ou comment McG ranime une franchise morte avec l'adage de la continuité dans le changement. Pas le chef-d'œuvre révolutionnaire impérissable - car classique et possédant plusieurs défauts (plutôt des manques) - mais un divertissement de bonne tenue et emballant qui donne envie de voir la suite.