Bruce Willis n'est pas décidé à raccrocher les gants dans cet actioner militant pour la reprise du travail des seniors.
Mis à la retraite depuis plusieurs années, Franck Moses (
Bruce Willis) passe le plus clair de son temps à communiquer avec Sarah (Mary Louise Parker), une opératrice téléphonique rêvant d'aventure et avec qui il noue des liens amicaux. Hormis cela, l'existence de Franck Moses a des allures de vide astral. Jusqu'au jour où des hommes de main tentent de liquider cette ex pointure des services secrets qui s'enfuit avec la jeune femme également prise pour cible. Ensemble ils vont partir à la recherche des anciens collègues de Franck que la CIA semble tous vouloir voir disparaître pour d'obscures raisons…
A force de ne jurer que par la jeunesse, il fallait bien que les seniors se sentent délaissés et cherchent à se remettre en selle afin de prouver qu'ils peuvent encore faire des étincelles. D'où la bonne idée de cette adaptation d'un comic-book de chez DC de Warren Elli, de faire de cette grossière parabole sur la vieillesse et sa mise à l'écart de la société, une réunion de gloires de longue date du cinéma (
Willis,
Morgan Freeman,
John Malkovich,
Helen Mirren,
Brian Cox, Ernest Borgnigne,
Richard Dreyfuss… ce n'est pas rien), toutes venues gaiement s'amuser à défier leur date de péremption selon Hollywood continuellement avide de chair fraîche. Une réunion de vieux de la vieille qui n'est pas sans rappeler le récent
Expendables : unité spéciale et son collectif de gros bras mené par
Sylvester Stallone, si ce n'est que
Red se la joue moins nostalgique et plus ouvertement second degré.
C'est d'ailleurs le casting et le ton cartoonesque qui sauve globalement les meubles de cet actioner potache et décontracté du déambulateur mais loin de laisser un souvenir impérissable. Trop sage pour faite office de production irrévérencieuse, trop aseptisé pour mieux convenir à un large public (la violence de la bande dessinée a quasiment disparu),
Red se positionne finalement dans une veine similaire au trop encadré
Night and Day qui ne se lâchait jamais réellement. La faute à des contingences commerciales ne permettant pas au film d'aller jusqu'au bout de son délire. Il y a bien le personnage de
Malkovich (un barbouze paranoïaque sous LSD) ou le flegme distingué de la flingueuse
Helen Mirren pour assurer le relâchement des zygomatiques, or le spectateur a le sentiment que le film aurait pu aller plus loin dans le rire… et surtout dans l'action.
Une légère déception pas vraiment étonnante lorsque l'on voit que la direction de
Red a été confiée à
Robert Schwentke, le metteur en scène du huit clos en l'air Flight Plan qui filmait un couloir de Boeing 747 comme d'autres filmeraient l'avenue des Champs-Elysées. Pas de bévues de ce genre ici, mais principalement une inconsistance dans des choix visuels indistinctement définis (cela va du
mano a mano surdécoupé n'importe comment à une fusillade platement agencée). On pourra toujours se convaincre que ce relâchement va de pair avec celui de sa vedette
Bruce Willis qui continue à ne pas vouloir s'impliquer au-delà du minimum syndical requis. Une maigre consolation s'il en est.
Assurément, la sortie hexagonale de Red en plein milieu d'un mouvement de contestation sociale à l'encontre des retraites constitue une amusante plus-value mais c'est bien malgré le film, juste amusant le temps qu'il dure.