Du cinéma indépendant américain comme on l'aime, drôle et intelligent, perspicace et divertissant.
Ayant désormais l'âge légal pour accéder à son dossier de la banque de sperme, Joni décide de retrouver le donneur de son frère Laser et d'elle, sans en informer leurs deux mamans Nic et Jules qui les ont élevés. Contre toute attente, Paul leur géniteur accepte sans rechigner de les voir et leur rencontre se déroule de la meilleure des façons. Tellement bien que les enfants n'hésitent pas à inviter Paul à un déjeuner en compagnie de leurs parents. D'abord craintives, Nic et Jules finissent par accepter la présence de ce beau et charmant hétérosexuel… jusqu'à ce que son arrivée au sein de leur famille ne devienne trop accaparante…
Évoquer le phénomène de l'homoparentalité avec subtilité et tact est presque aussi délicat que de l'expérimenter. Que se soit en comédie ou dans le drame, on peut très vite tomber dans la caricature sociologique laborieuse et ennuyeuse ou lâchement évasive. Le mieux est de viser le juste milieu et c'est précisément ce que fait
Tout va bien, The Kids Are All Right, savoureux moment de détente qui sous ses airs inoffensifs prend son sujet à bras le corps sans étouffer son public avec un message de tolérance qui pourrait le faire fuir. Nul besoin car
Lisa Cholodenko ne cherche pas à faire accepter didactiquement l'homosexualité de ses personnages ou à militer pour leur droit à avoir des enfants. Ces composantes se fondent littéralement dans le récit et sont traitées avec un indéfectible naturel qui n'étonne pas vraiment de la part de la réalisatrice de
High Art et de plusieurs épisodes de
Six Feet Under et
The L Word qui contenaient déjà ces thématiques et ce travail tranquille d'évolution des mœurs.
C'est bien simple, mettez un couple hétéro à la place et vous obtenez le même film (on ne peut pas en dire de même pour le faussement pertinent
I Love You Phillip Morris). D'où cette idée (sans pompeusement la déclamer) que quelle que soit la nature sexuelle d'une personne, tout le monde est à la même enseigne lorsqu'il s'agit de faire front devant les turpitudes de la parentalité (crise de l'adolescence, fréquentations de l'enfant…) et celle de la vie en couple. Encore une idée toute bête mais qui passe comme une lettre à la poste grâce à des comédiens très inspirés par leurs personnages, voire même complètement revitalisés par la fraicheur émanant de
Tout va bien, The Kids Are All Right : si
Julianne Moore demeure impeccable en toutes circonstances (on se souvient encore de son rôle secondaire dans le très émouvant
A Single Man), cela faisait longtemps que l'on avait pas vu
Annette Bening aussi radieuse à l'écran (depuis
American Beauty ?). Le solide
Mark Ruffalo n'est pas en reste tout comme ses jeunes partenaires qui se fondent bien dans un paysage légèrement engoncé par son étiquette de « production indépendante » et la mise en scène chétive qui va avec. On a connu pire.
Sur un sujet qui aurait pu tomber dans le film social lourdaud, Lisa Cholodenko bâtit une œuvre solaire d'un charme délicat et humainement attachant.