Si Bébé mode d'emploi n'est pas la suite du Judd Apatow, cela ne veut pas forcément dire qu'il n'y a pas de lien entre les deux.
Le succès tant public que critique d'
En Cloque, mode d'emploi n'aura eu de fâcheuse conséquence que pour 1) les non adorateurs de
Judd Apatow 2) son interprète féminine
Katherine Heigl qui au moment de la sortie du film s'était gentiment ridiculisée en jouant les mégères effarés devant le résultat qu'elle qualifiât de machiste et dégradant pour la femme. A croire que la comédienne (effrayée par l'idée de choquer ses fans de
Grey's Anatomy ?) n'avait pas lu le scénario avant de s'y engager. Quoiqu'il en soit l'affaire aurait pu en rester là mais non. Il fallait probablement que Heigl se sente obligé de rattraper le coup. D'où ce
Bébé mode d'emploi dont la traduction française en tout point opportuniste et dénué d'originalité, elle n'en est pas moins perspicace et révélatrice du contenu de l'objet.
Life As We Know It n'est pas une suite, ni un spin-off de En Cloque, mode d'emploi, par contre à lumière de l'éclairage du dessus, difficile de ne pas le voir comme un remake correctif pour notre vedette caractérielle qui cette fois-ci s'est assurée de prendre toutes les précautions afin de recadrer tous les éventuels débordements indésirables (elle et sa maman y sont productrices exécutives). Au revoir donc les inconvenances de
Judd Apatow et bonjour à cette bonne vieille normalité idéologique qui imprègne cette comédie romantique usant des questionnements à la mode sur la parentalité (dans le même genre on a déjà eu droit à
Le Plan B cette année), histoire de masquer les ficelles scénaristiques rébarbatives de l'exercice.
Katherine Heigl voulait un partenaire plus saillant (
Josh Duhamel) et une gentille petite bluette qui ne tâche pas (à part peut être les excréments de bébés qui restent acceptables),
Greg Berlanti lui a donné. Hormis un point de départ quelque peu original (deux célibataires qui ne peuvent pas se piffrer vont devoir cohabiter pour élever l'enfant de leurs amis tragiquement disparus),
Bébé mode d'emploi chemine rapidement vers les situations communes de la rom-com américaine (on vous laisse deviner si les deux finiront ensemble), telles qu'on les fabriquent à la chaine à Hollywood.
Ce qui énerve dans
Bébé mode d'emploi ce n'est pas tant les faiblesses du scénario, les gags du pauvre, l'abus de guimauve et de bons sentiments, les comédiens et une mise en scène bloqués sur la fonction automatique, mais bien cette bonne vielle propagande conservatrice qui imprègne presque chaque séquence. Celle qui nous dit que le bonheur passe forcément par un schéma familial conventionnel accepté par la bonne société, qui remet le célibataire endurci dans le droit chemin du mariage monogame ou qui chasse la pièce rajoutée du triangle amoureux (le beau médecin) sous le simple prétexte qu'il n'est pas le destiné de Heigl. Heureusement pour le spectateur,
Bébé mode d'emploi accepte de lâcher la bride pendant de fugaces pause où on se permet d'égratigner très légèrement le vernis de la classe moyenne (quoique plutôt aisée). C'est bien peu en comparaison du résultat général.
L'insatisfaite Katherine Heigl fait son propre En Cloque, mode d'emploi. Même si on n'est pas admirateur du Judd Apatow on ne peut que reconnaître qu'on a clairement perdu au change.