Josiane Balasko revient sur nos écrans sous les traits d'un hérisson : innocent en apparence, piquant au toucher.
Le Hérisson est l'adaptation du livre homonyme de Muriel Barbery et raconte le sombre quotidien de Paloma Josse, une jeune fille de 11 ans qui cherche à travers sa caméra et ses dessins, une façon d'échapper à sa réalité. Mal dans sa peau, les idées suicidaires se bousculent dans l'esprit de cette enfant qui vit entourée d'une mère dépressive, d'une sœur hystérique et d'un père trop convenu. Renée Michel quant à elle, est la concierge de l'immeuble. Elle vit recluse, victime du diktat des apparences. Parfois méprisée, souvent invisible, elle a pour uniques compagnons son chat et ses livres. Le jour où monsieur Kakuro Ozu, un mystérieux solitaire, emménage dans l'immeuble, la vie des trois protagonistes prend un nouveau tournant.
C'est un fait, le cinéma français souffre de ses nombreux échecs. Afin de donner un nouveau souffle là où d'autres nous ont fait suffoquer, de jeunes talents tentent leur chance sur le marché.
Mona Achache fait partie de ces cinéastes novices qui s'efforcent de sortir des sentiers battus en proposant des films plus profonds, moins snobs. L'attention est louable, mais encore faut-il que ça marche. D'un point de vue stylistique, l'image a bénéficié d'un traitement intéressant. Vieillot, mordoré, atemporel, le film revendique une féerie qui lui est propre : un poisson meurt en gobant un cachet de lexomil et ressuscite dans les WC de la gardienne, les dessins de Paloma prennent vie etc… Par ailleurs, le regard de l'enfant n'est découvert qu'au travers de sa caméra HI8. La cinéaste, de son côté, filme ce que les protagonistes exhalent de l'extérieur… Un double point de vue qui lui permet de jongler entre l'être et le paraître. Et c'est
Josiane Balasko qui va servir de passerelle principale entre ces deux instances philosophiques. Incarnant l'archétype de la concierge à la perfection, elle est simultanément disgracieuse et délicate, râleuse et chaleureuse, sauvage et cultivée. Une « mère Michel » qui n'a pas perdu son chat, sinon sa foi en l'amour. Alors, on l'entoure d'abord de ses bras pour la mettre en confiance et on laisse la carapace se briser…
A l'image de Renée, le film n'est pas ce qu'il paraît être. Banal et désuet au premier abord,
Le Hérisson s'avère plus complexe dès lors qu'il s'agit de percer les personnages à jour. Mais il a fallu que la jeune réalisatrice freine ses aspirations poétiques, et continue d'explorer de simples façades préfabriquées par les codes sociaux. La figure de la concierge bifurque vers une sorte d'Amélie Poulain cinquantenaire, les rêves en moins. L'émotion manque à l'appel et laisse place à d'inefficaces effervescences. Après 1h30 de discours agaçants et révérencieux, la jeune Paloma finit par écraser une larme silencieuse, Renée quant à elle, esquisse enfin un sourire pendant que Monsieur Kakuro (aussi charismatique que fantomatique) effleure du bout des lèvres, la main de celle qu'il convoite. Et nous, on reste pantois devant cette pudeur des sentiments qui révèle d'avantage un scénario frileux qu'un réel manque d'épaisseur chez les protagonistes.
Le Hérisson est un film esthétiquement abouti, mais émotionnellement avare. Le film bien qu'agréable à regarder ne marquera pas les esprits. Toutefois, pour un premier long-métrage, on ne peut que saluer l'initiative de Mona Achache de s'attaquer à une adaptation de cette envergure, le tout avec un casting « haut de gamme ».