L'écrivaine/auteur de pièces de théâtre nous entraine, dans son premier film, à la découverte d'un kaléidoscope de personnages attachants.
On connaissait
Amanda Sthers pour ses nombreux écrits (romans pour adultes, pour enfants, pièces de théâtre, scenarii). C'est en tant que réalisatrice qu'on la retrouve cette fois pour
Je vais te manquer, son premier film derrière la caméra qui, malgré quelques défauts, ne manque pas de charme : charme des comédiens, des situations, des personnages. Même si
Je vais te manquer souffre ici ou là de quelques clichés, on est effectivement plutôt agréablement surpris par le film d'
Amanda Sthers dont la grande qualité est de savoir émouvoir en petites teintes à peine esquissées.
Je vais te manquer narre l'histoire d'une foule de personnages. Pour faire plus simple, il s'attarde sur le destin de trois couples de génération différente. Julia (
Carole Bouquet) a deux filles, Ornella (
Mélanie Thierry) et Anna (Cécila Cassel), toutes deux fâchées depuis la maladie de leur mère. Au moment de s'exiler pour mourir en silence, Julia va faire, dans une librairie de l'aéroport, la connaissance d'un écrivain ronchon en panne d'inspiration (
Pierre Arditi).Toujours dans le même aéroport, Olivier (
Patrick Mille) accompagne sa petite fille pour qu'elle prenne l'avion vers le Québec où vit sa mère. Lila (
Anne Marivin) croit reconnaître en lui le Prince charmant. Enfin, Fanny (
Monique Chaumette) panique à l'idée de revoir son amour d'enfance, Max (
Michael Lonsdale), personnage atypique et psychanalyste. Tous ces personnages vont donc se croiser, se rencontrer et se perdre dans le décor architectural de l'aéroport.
Pour narrer son histoire à tous les niveaux,
Amanda Sthers a choisi des petites scènes entre drôlerie et émotion. Cela donne une espèce de patchwork dans lequel il peut paraître difficile de rentrer aux premiers abords, tant les caractères sont nombreux. Mais, une fois les différents personnages situés, le film prend son rythme de croisière et il est bien agréable de suivre tout ce petit monde. En bonne citoyenne,
Amanda Sthers n'oublie pas de parler des sans papiers et de l'immigration clandestine à travers deux caractères : celui d'un policier affecté à la répression des fraudes territoriales (
Fred Testot du couple comique Omar et Fred) et celui d'un jeune marocain (
Hyacinthe Imayanga) qui vient d'être arrêté dans l'aéroport. Puisque le personnage de
Fred Testot , fan de jack Bauer, n'est en aucun cas crédible, il est dommage d'avoir parlé (après le beau
Welcome de
Philippe Lioret) d'un sujet aussi grave avec autant de légèreté, même si, ici, ce n'est pas le propos du film.
A vouloir parler de trop de choses,
Amanda Sthers finit par s'y perdre (et nous aussi quelquefois) bien que, miraculeusement, elle arrive toujours à retomber sur ses pieds et sur le vrai propos du film (le passé, le présent et le futur).
Bien qu'elle ait été aidée par
Jean-Loup Dabadie pour le scénario de son film, certaines scènes font davantage penser à du
Claude Lelouch dans ce qu'il sait faire de meilleur : les instants où deux personnes se rencontrent et les échanges verbaux qui s'ensuivent. Question casting, on a ici de bons acteurs de
Carole Bouquet à
Mélanie Thierry et
Cécile Cassel, de
Monique Chaumette à
Michael Lonsdale (tous les deux magnifiques), de
Patrick Mille à la fraicheur d'
Anne Marivin (vue récemment dans
Incognito). Le tout est souligné par une belle musique de
Sinclair et des titres additionnels très années 80 tels que « Les autres sont Jaloux » de
Yanna Katsoulos ou l'inoubliable « When the rain begins to fall » de
Pia Zadora et
Germaine Jackson. Bref, un film émouvant et attachant avec quelques petits défauts mais déjà un certain savoir faire.
Le premier film d'Amanda Shters est, contre toute attente, une bonne surprise et on y navigue entre drame et drôlerie avec un plaisir non dissimulé. On attend le prochain pour confirmation.