Beaucoup de langues se sont déliées à l'annonce de la sortie du film ayant pour tête d'affiche Robert Pattinson. Fallait-il vraiment vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ?
Tyler est le fils d'un riche businessman New-Yorkais. Mal dans sa vie et dans sa peau, il reste en marge de ses obligations familiales et rejette les avantages que lui permet sa condition. Proche de sa petite sœur pour qui il se dévoue au quotidien, il tente de faire le deuil de son frère, mort quelques années auparavant. Alors qu'il prend part à une bagarre à la sortie d'un bar, il se fait brutaliser par un policier. Une violence gratuite qu'il décide de venger en séduisant sa fille, Ally. Ce qu'il n'avait pas prévu : tomber amoureux.
Traiter d'un thème universel tel que l'amour n'est pas une mince affaire et ce, depuis que le cinéma semble avoir fait le tour des scenarii possibles. Mais a-t-il vraiment épuisé ses dernières réserves ? On serait bien tenté de répondre « oui » tant les déceptions dans ce domaine ont été nombreuses. Certains couples mythiques ayant déjà marqué de leur sceau la pellicule cinématographique, que reste-t-il ? Des films comme
Remember Me, qui ne seront certes pas inscrits dans les annales mais qui auront le mérite de nous faire vivre une expérience sensorielle différente des romances casse-gueule.
Robert Pattinson attirera certainement une foule d'admiratrices grâce à la saga Twilight ; les sceptiques, quant à eux, seront toutefois agréablement surpris. Non, Robert n'y incarne pas le lover pathétique, aux yeux de braise et aux baisers voluptueux. A contrario, il fait preuve d'une authenticité bluffante dans son rôle de jeune pommé en marge de la société. L'acteur parvient à donner de l'épaisseur, mais aussi une émotion palpable à un personnage qui aurait facilement pu tomber dans le cliché. Sa petite sœur de 11 ans n'est pas sans reste ; un peu autiste mais surtout artiste, elle fait preuve d'une intensité bouleversante et d'une maturité sensible. L'ensemble du film est porté par ce réalisme touchant, la profondeur des sentiments entre Tyler et Ally, mais aussi au sein même des familles, chacune impliquée dans un travail de deuil de longue haleine.

Après une scène d'ouverture qui nous glace le sang, la narration change de point de vue pour rejoindre celui du héros, devenu l'instrument d'une histoire banale et universelle. En offrant un véritable travail sur une époque, une ville, un environnement,
Allen Coulter parvient à resserrer l'étau autour d'un contexte précis. Plus dans les sentiments que dans l'action, le scénario se veut simple et c'est cette simplicité qui fait sa force puisqu'elle intronise un rythme paisible et troublant de banalité. Les personnages vivent chacun leur histoire en navigant parmi les épaves du passé. La vie n'est pas un long fleuve tranquille, et c'est ce que le cinéaste tente de retranscrire dans son film. Chaque évènement a son importance, et tout a une conséquence sur l'avenir. Et pour ça, pas besoin de scènes grandiloquentes. Non, juste une dose de pragmatisme savamment entretenu. Les différents états d'âme des personnages sont passés au peigne fin. Chaque comportement n'est que le résultat d'une souffrance latente, d'une décision qu'ils auraient du prendre – ou pas. Mais ici, personne n'oublie que la vie humaine n'a lieu qu'une seule fois et qu'il est impossible de savoir quelle était la bonne ou la mauvaise décision, parce que, dans toute situation, on ne décide qu'une seule fois. Cependant, à force de vouloir sonder l'intériorité de chacun, le réalisateur se perd parfois dans des dialogues inutiles qui nous font lâcher prise à deux ou trois reprises.
La simplicité peut parfois être un atout pour un film de cet acabit. Remember Me n'avait pas besoin d'étoffer ses instances dramatiques pour nous toucher et garder notre intérêt jusqu'à la dernière minute du film. Un film attendu au tournant peut-être mais qui a toutes les cartes en main pour faire taire les « on dit ».