Après le mariage à l'italienne, à l'anglaise, à la grecque, à l'iranienne, l'islandaise Valdis Oskarsdottir nous fait découvrir celui de son pays.
Un mariage est toujours un bon moyen de nouer des liens familiaux avec les nouveaux arrivants ou de les resserrer avec les membres éloignés, tout comme cela peut être la conjoncture idéale pour faire exploser la cellule sociale par les querelles intestines, les secrets inavoués et inavouables, les frustrations enfouies, les reproches longtemps gardés pour soi, qui peuvent remonter à la surface et jaillir lors d'un événement où les émotions se retrouvent exacerbées. A ce moment-là, la supposée fête tourne rapidement à la déconfiture totale, le plus beau jour d'une vie est réduit à un cauchemar éveillé. Surtout dans un climat rural, complètement extérieur au quotidien des citadins, favorisant la tombée des masques.
Un témoin absent, la présence non prévue d'un ami proche du futur époux, déplaisant fortement à madame portée sur la directive stricte, un petit ami sans gêne partageant secrètement la compagnie intime de sa mère et de sa meilleure amie, un vieil oncle homosexuel venu révéler sa paternité auprès de sa nièce, une vieille grand-mère un peu gâteuse, des beaux-parents alcooliques, un beau-frère trop tatillon sur les règles de conduite, des invités étrangers se demandant le bien fondé de leur présence… Tout cela condensé dans une excursion à la campagne virant à la tentative répétée de débusquer l'église retenue qui demeure introuvable, perdue dans un fjord montagneux aux patelins identiques tous plus isolés et austères les uns que les autres. Entre deux arrêts pour demander le chemin, le ton monte entre les convives, l'atmosphère devient électrique, l'orage gronde et on devine que la situation va dégénérer d'ici peu sous une farandole de haine, de critique et d'engueulades féroces dans une ambiance déjantée. Si cela est effectivement le cas, cette première réalisation de la monteuse
Valdis Oskarsdottir échoue en grande partie à nous faire partager la drôlerie des situations avec ses parti-pris esthétiques hérités du Dogme tuant dans l'œuf la majorité des tentatives de dérider son audience.
L'austérité ambiante et le trop plein de réalisme cru de ce Mariage à l'islandaise donne davantage l'impression d'assister à une réunion de famille âpre du type
Festen - auquel
Oskarsdottir à participé - qu'au délire burlesque de
Joyeuses funérailles. Le rire ayant du mal à se convier aux réjouissances ne demande pourtant qu'à partir au détour d'une cocasserie, à l'instar des passagers trimballés de patelin en patelin, et le spectateur finit par trouver le temps long et rédhibitoire. On pensait s'amuser de ces épousailles et au final c'est la douce lassitude d'un enterrement qui se fait sentir. Au moins les plaines blafardes de l'Islande n'auront plus de secret pour l'éventuel touriste conquis par le charme discret des décors.
Un mariage se transformant en règlement de comptes général. L'idée est là mais dans cette pagaille généralisée la réalisatrice a oublié une chose : l'humour, qui a du mal à arriver. Pas le meilleur élément à omettre dans une comédie.