Après Chronique d'un scandale, Richard Eyre continue dans la représentation des sentiments conflictuels avec The other man.
Lorsque Peter tombe, en écoutant le répondeur de sa femme, sur le message amouraché d'un homme qu'il ne connaît pas, il soupçonne une tromperie, retourne son ordinateur, mène son enquête et part immédiatement pour Milan - là où habite ce Ralph. Les deux hommes font connaissance et Ralph lui parle de cette femme qu'il fréquente, depuis 12 ans maintenant, et qui ne lui donne plus de nouvelles…

Le film, adaptation de la nouvelle « L'Autre » de Bernhard Schlink, pose des questions intéressantes : peut-on aimer deux personnes en même temps ? Peut-on accepter la présence d'un autre ? Et surtout, comment se comporte notre conjoint, lorsqu'il est avec cet autre ? Et s'il était la même personne ? Le principe est donc bon, et la démarche, prendre le problème du point de vue de celui qui reste, du trompé, apporte une lumière particulière. La jalousie – très bien représentée - prend rapidement toute la place, jusqu'à presque devenir un personnage à part entière, déformant l'histoire et la vision de Peter joué par un
Liam Neeson convainquant.
Seulement voilà. Malgré ce très bon principe,
The other man s'embourbe dans la mièvrerie et la mélasse. En plus, tout manque de finesse : l'Italie, et Milan surtout, devient le pays (la ville) de l'amour, où on rencontre des Don Juan dans les rues, danse dans les fabriques et se fait applaudir pour rien. C'est beau, mais fade. Les flashs back sont rarement adroits, et l'histoire tortueuse, faussement intelligente, nous emmène on ne sait trop comment jusqu'à une fin douloureusement ridicule. La réalisation est d'ailleurs poussive ; pourtant, le dernier
Richard Eyre, Chroniques d'un scandale, valait vraiment le coup. On retrouve ici la même direction – impeccable – d'acteurs, mais on a grandement perdu en sobriété.
Nous sommes alors face à un affrontement entre deux hommes : le cocu malheureux, torturé par la construction mentale qu'il se fait de la relation entre sa femme et l'Autre ; et l'Autre, donc, l' « other » du titre, un arnaqueur amoureux transis et déboussolé. Pour nous montrer qu'ils s'opposent, on nous les présente au dessus d'un échiquier – comme c'est original. Le côté psychologique, qui aurait pu être le point fort du film, devient alors presque ridicule. C'est sans doute dû au fait que l'amant est complètement décrédibilisé ; sous le prétexte de lui donner du relief,
Richard Eyre en a fait une caricature. Heureusement pour nous, les personnages masculins sont rattrapés par les féminins, très bien interprétés par Romola Garaï pour la fille et
Laura Linney pour l'épouse, toujours impeccable. Le casting sauve donc le film du gouffre de niaiserie où semblait vouloir l'enterrer
Eyre.
The other man avait de quoi être de qualité ; mais, sous prétexte d'être intelligent, il cumule les poncifs et les détours. On s'ennuie, et on passe le temps avec l'interprétation de Laura Linney.