Une célébration de l'amitié et de la vie soutenue par une distribution de choix, elle-même encadrée par un Guillaume Canet se mettant à nu.
Comme chaque été, Max Cantara invite tous ses amis à passer les vacances dans sa résidence secondaire du Cap-Ferret. Contrairement aux autres années, celle-ci est marquée par un évènement inattendu et tragique qui va ébranler cette petite bande qui se croyait à l'abri des conflits et des disputes. Pourtant l'absence d'un des leur va faire l'effet d'un détonateur qui petit à petit dévoilera les secrets inavoués de chacun et les brisures existant au sein de cette fraternité bien moins solide que tous voudraient bien le croire…
Après deux premières tentatives conjointement applaudies par la critique et le public (
Mon Idole et
Ne le dis à personne), il était permis de placer beaucoup d'espoir (du moins suffisamment d'enthousiasme) dans le troisième long-métrage de
Guillaume Canet. Surtout que depuis les prémices du projet, l'acteur (pas dans ce cas précis)/réalisateur n'a jamais caché la grande dimension intime qu'il est censé revêtir. On veut bien donner foi à ces bonnes paroles puisque
Les Petits mouchoirs est clairement une œuvre qui sent le vécu, et dans laquelle on devine son initiateur émotionnellement impliqué lorsqu'il décrit, non sans largesse (le film accuse d'une (généreuse ?) durée de 2h30 ! Tout de même), les aléas de copains rattrapés par les turpitudes de la vie.
On rit (pas mal), on pleure (un peu) devant les mises en avant des petits défauts de chaque personnage auxquels le maître de cérémonie s'attache à donner, à chacun, une séquence emblématique garant d'un partage équitable. Et le juste casting est aussi impressionnant sur celluloïd qu'il le fut sur le papier. A commencer par un
François Cluzet lancé dans un irrésistible numéro de maniaco-grincheux donnant aux
Petits mouchoirs quelques unes de ses plus amusantes séquences. Entre lui, le clown de service (
Gilles Lellouche), le désespéré affectif qui veut absolument confier ses problèmes de couple à tout le monde (Laurent Lafitte) ou le philanthrope donneur de leçon, il y a forcément une personnalité qui vous évoquera des souvenirs personnels.
D'où une évidente complicité qui se crée avec ces projections fictionnelles même si ce n'est pas toujours le cas dans toutes les situations :
Les Petits mouchoirs est un film de potes avec toutes les qualités et limites que cela comporte, mais qui ne dissimule pas toujours convenablement ses traits de vraie comédie bobo un brin nombriliste et tirant parfois en longueur. Si certaines péripéties ont une teneur « universelle » d'autres sont réduites à de simples anecdotes seulement évocatrices pour les classes favorisées desquelles on se moque gentiment, il faut bien l'avouer. En expurgeant tous les artifices (et clichés à l'occasion pas toujours nécessaires) qui encombrent certains passages des
Petits mouchoirs,
Guillaume Canet aurait probablement gagné en efficacité, à défaut de réellement pouvoir signer son opus le plus abouti qu'il aime pourtant à définir comme le couronnement de sa carrière. Un tantinet prétentieux (ou maladroit) venant de quelqu'un de talentueux mais certainement pas arrivé à maturation avec un objet dont le charmant souvenir périclite d'heure en heure après la vision. Le chemin vers l'excellence est souvent long.
Une comédie bobo écrite, réalisée avec soin et délicatesse et surtout bien interprétée… mais au bout du compte ça reste une comédie pour bobos.