A la demande de l'UNICEF, huit grands cinéastes se réunissent autour d'un projet commun : Les Enfants invisibles.
Réalisé en 2005,
Les Enfants invisibles n'a pas pour ambition d'amortir ses frais en salles, mais de rendre publique la vie de millions d'enfants oubliés. Commandé par l'UNICEF,
Les Enfants invisibles est un collectif de courts-métrage, réalisés respectivement par
Mehdi Charef,
Emir Kusturica,
Spike Lee,
Katia Lund,
Jordan Scott et
Ridley Scott,
Stefano Veneruso et
John Woo. Huit réalisateurs, sept univers différents donnant chacun un point de vue sur ces enfants qui n'existent pas officiellement : non enregistrés à la naissance ils sont livrés à eux-mêmes, abandonnés sur le bord d'une route, victimes de la guerre. Autant de situations qui nous échappent et sur lesquelles on a tendance à fermer les yeux. A travers sept histoires, sept enfants nous montrent comment ils sont devenus victimes de la bêtise des hommes. C'est à l'occasion du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant que l'UNICEF diffusera le film tout au long de l'année 2009.
Une phrase de Saint-Exupéry apparaît au générique final de ce collectif et dénonce une vérité simple :
Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu s'en souviennent .... Pour illustrer ce proverbe, les cinéastes vont aborder différents cas de figure :
Mehdi Charef parle de Tanza, un enfant d'Afrique livrant sa propre guerre,
Emir Kusturica se tourne vers les enfants voleurs,
Spike Lee nous raconte l'émouvante histoire d'une petite fille séropositive,
Katia Lund suit le quotidien de deux enfants dans les Favelas de Sao Paolo, Jordan et
Ridley Scott ont choisi d'aborder les enfants victimes de la guerre, Stefano Vernuso retrace la vie de Ciro, un jeune garçon tiraillé entre son besoin de voler pour de l'argent et son désir de jouer comme n'importe quel enfant. Enfin,
John Woo fait le parallèle entre deux destins : celui d'une petite fille riche mais malheureuse et d'une pauvre orpheline. Poignants, ces enfants nous émeuvent sans jamais verser dans le misérabilisme. Ces portraits ne cherchent pas à énoncer une fatalité figée car chacun de ces êtres espèrent, rêvent, agissent pour que demain soit un jour meilleur ; nous rappelant, à juste titre, qu'ils sont bien plus forts et bien moins lâches que n'importe quels adultes. Avec une parfaite complémentarité, chaque court-métrage nous fait découvrir une souffrance différente. La bêtise des hommes a rendu ces enfants invisibles aux yeux de la société, alors que leurs requêtes sont d'une simplicité affligeante : aller à l'école, avoir des amis, une poupée, retrouver ou réconcilier sa famille. Autant d'émouvantes aspirations qui nous prennent aux tripes tant elles sont évidentes, simples et accessibles…et pourtant.

Cependant on notera quelques inégalités. Bien que complémentaires concernant le traitement du sujet, certains courts-métrages manquent de force. Si
Charef et
Lee procurent des œuvres puissantes en émotion et riches de sens,
Ridley Scott et
Jordan Scott se livrent à une expérience onirique qui semble ne délivrer aucun message.
Emir Kusturica, quant à lui, s'annonce être le « rebelle » du collectif. En bon anarchiste, il choisit de circuler à contre-sens. L'enfant voleur redevient voleur, l'enfant battu redevient battu. Le cinéaste relativise avec un air de « c'est mieux comme ça » en restant fidèle à ses gags t
arte à la crème. Le fait de vouloir dédramatiser le sujet pour éviter le misérabilisme est louable en soi mais au regard du contexte, utiliser le destin de cet enfant comme prétexte à rire peut en déranger certains. Quoiqu'il en soit, l'initiative de l'UNICEF de faire appel à des réalisateurs de cultures et de styles cinématographiques diamétralement opposés permet de délivrer un authentique concentré de ce qu'il se passe dans les quatre coins du monde.
Un collectif poignant qui nous instruit et qui change le regard que l'on porte sur les enfants voleurs, violents ou errants. L'UNICEF affiche un excellent choix de réalisateurs qui se complètent parfaitement malgré quelques inégalités. On espère que ce projet détenteur de nombreux messages portera ses fruits.