Lorsque Michael Winterbottom adapte le ténébreux Jim Thompson avec The Killer Inside Me, il n'y va pas avec le dos de la cuillère !
Lou Ford est un shérif adjoint sans histoires dans une petite ville tranquille du Texas durant les années 50. Pendant son service, on lui demande d'expulser une prostituée dont il tombe violemment amoureux. Alors qu'il entreprend une liaison cachée et déviante, Lou se voit révélé d'importantes informations sur la mort suspecte de son frère, décédé quelques années plus tôt. Un passé trouble remontant à la surface et un brûlant désir de vengeance va faire ressurgir chez Lou une véritable nature de psychopathe de plus en plus ardue à dissimuler au fur et à mesure que les cadavres s'accumulent et que les soupçons des autorités se portent sur lui…
Précédemment adapté en 1976, le roman «
Le Démon dans ma Peau » de
Jim Thompson (pape du roman noir des années 30/40), méritait une transposition fidèle jusqu'au-boutiste de sa perversité. Illustration qui n'aurait pas peur de plonger tête baissée dans l'écriture à la première personne choisie par l'écrivain maudit nous faisant partager entièrement les divagations criminelles d'un antihéros par excellence. Affirmer qu'on n'attendait pas une telle radicalité de ton chez le prolifique mais au combien inégal
Michael Winterbottom n'est pas peu dire. Pourtant le réalisateur factotum de
Tournage dans un jardin anglais et
Un été italien ne dévie pas une seule seconde de son objectif qui lui sied plutôt bien comparé à d'autres précédentes incursions dans le cinéma de genre (
Rédemption,
Code 46).
Portrait d'un tueur en série,
The Killer Inside Me se montre subversif, bouscule, dérange, scandalise parce qu'il ne condamne pas son personnage principal dont les exactions (fantasmagoriques ?) ne devraient susciter que dégoût et indignation dans un contexte moins subjectif. Sauf que si Lou Ford est un malade mental de premier ordre, ses dispositions à l'autodestruction ne sont finalement pas plus malsaines que la société de faux-semblant dans laquelle il évolue. Paradigme monstrueux d'une nation en pleine putréfaction perdant peu à peu toute notion de réalisme pour se perdre dans une atmosphère ardente pas très éloignée d'un cauchemar à la
David Lynch ou de la désespérance apocalyptique d'un
No Country for Old Men ; des aînés à côtés desquels
Winterbottom éprouve des difficultés à exister. Qu'importe.
La présence du monumental
Casey Affleck suffit à rattraper les menues faiblesses de
The Killer Inside Me qui s'avère un terrain de jeu idéal pour des comédiens désireux de montrer ce qu'ils ont dans le ventre. Le frère de Ben bien évidemment, déjà menaçant dans
L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (ah tiens ! Drôle de coïncidence) se montre ici d'un effroi glaçant tout en permettant au spectateur d'entrer dans les derniers soubresauts de son humanité décroissante. A ses côtés, la torride
Jessica Alba n'aura jamais autant réussi à faire oublier sa position de starlette hollywoodienne avec ce rôle difficile de prostituée subissant les pires sévices par amour dans une brutale séquence de tabassage : cette scène est à l'origine de la controverse autour du film jugé par certains comme excessif, gratuit et misogyne. A chacun de se faire sa propre opinion là-dessus, l'important est que ce type d'œuvre, polémique et sujette à débat, continue d'exister en cette époque du politiquement correct régressif.
Sombre, nihiliste et parfois d'une impitoyable violence, The Killer Inside Me est de ces œuvres qui vous bousculent, vous indignent ou vous laissent complètement de marbre. Qu'en sera-t-il pour vous ?