Jeux de mains, jeux de vilains : Christian Bale et Hugh Jackman incarnent deux magiciens fort peu recommandables. Un thriller cruel et manipulateur à ne pas manquer.
On va probablement bientôt ne plus pouvoir se passer de
Christopher Nolan ! Laissé il y a peu de temps dans les bras de
Batman Begins, le réalisateur revient en forme avec un thriller magique… dans tous les sens du terme !
Le Prestige, c’est d’abord une nouvelle étonnante de
Christopher Priest que les frères
Nolan se sont emparés, pour l’enrichir ensuite de manière considérable. Notamment au niveau d’un découpage temporel extrêmement audacieux. On est d’ailleurs d’abord inquiets devant cette structure morcelée et ces flashbacks qui ressemblent plus à des coquetteries scénaristiques qu’à un véritable choix artistique. Mais l’on est bientôt rassuré. Car si le choix de placer en guise de premières minutes du film un immense spoiler pouvait paraître risqué, pour ne pas dire stupide, il s’avère être rapidement un leurre ingénieux. Et ce grâce à des combines répétées à plusieurs degrés et de plus en plus souvent au fur et à mesure que le film avance, et dont l’accumulation finit par nous empêtrer (sans qu’on le soupçonne une seule seconde !) dans un piège infaillible. Ainsi, si la première partie traîne en longueur, la patience du spectateur est largement récompensée par la seconde. Les rebondissements s’accumulent, les révélations pleuvent, et l’on n’en revient pas d’avoir été berné à ce point ! Comme quoi l’accroche de l’affiche (« Are you watching closely ? », soit « Observez-vous attentivement ? », tirée de la bouche du perso de
Christian Bale) était parfaitement bien choisie.
Le Prestige est en cela la preuve de plus que
Christopher Nolan est un extraordinaire metteur en scène. On croit marcher à ses côtés tout le long du film, alors que cela fait longtemps qu’il nous a laissés pour courir au devant du chemin et en truquer le parcours. Comme dans le film, rien n’est pure magie, tout n’est que truquages intelligents, machineries subtiles et invisibles. On reçoit la fin comme un coup de grâce après ce parcours déroutant qui a mis à l’épreuve toutes nos capacités sensorielles et réflexives. Un véritable travail d’orfèvre.
Malheureusement,
Le Prestige est un peu encombré par quelques défauts que l’on regrette de retrouver si souvent chez
Nolan. Comme cette fâcheuse tendance à parfois se regarder filmer. Certes, le photographie de
Wally Pfister est superbe, certes le Londres du XIX° est un trésor inestimable pour poser un décor, mais certains plans « atmosphériques » étaient largement dispensables. Mais ce n’est là qu’un défaut finalement mineur, le spectacle étant largement assuré par ailleurs. Et ne pensez pas à de gentils magiciens sortant des lapins de leurs chapeaux, outre la macabre introduction, on sait parfaitement dès les premiers plans que les paillettes et les gants de soie seront tachés de sang. Et ce n’est pas la conclusion grave, solennelle et cruelle qui contredira cette impression.
Enfin,
Christopher Nolan se révèle, comme d’habitude, être un excellent directeur d’acteurs. Sous ses indications,
Christian Bale et
Hugh Jackman atteignent de véritables sommets dans leurs interprétations respectives. Des interprétations dont on ne saisit d’ailleurs toute la richesse et la subtilité qu’à la toute fin du film, après que les toutes révélations nous aient à la fois écrasés et révélés à la lumière de cette intrigue géniale. Pas besoin d’observer attentivement pour se rendre compte que
Le Prestige est une réussite de plus à ajouter au palmarès du prestigieux réalisateur. Un monde d’illusions où tout se reflète à travers des miroirs, des acteurs géniaux et un réalisateur que l’on chérit : on n’aura jamais autant aimé se laisser tromper.