En plein cœur du conflit israélo-palestinien existe un bourg tranquille, Jaffa, où le clivage entre les peuples n'existe pas… en apparence.
A
Jaffa, les israéliens côtoient les palestiniens sans ressentiments apparents et vivent tranquillement en communauté. Enfin, il suffit « juste » que chacun reste à sa place. Mali et son frère, Meir, travaillent dans le garage de leur père, Reuven. Ils sont israéliens et dirigent une affaire prospère à laquelle Hassan et son fils Toufik, tous deux palestiniens, sont venus se greffer. Chacun œuvre à la tâche pour faire tourner la boutique, sauf Meir qui se montre toujours plus insolent, rebelle et fainéant. Les mérites reviennent donc régulièrement à Toufik qui assure un travail irréprochable, mais le fils du patron ne supporte pas que l'on puisse faire des éloges à un arabe. Le soir, pendant que tout le monde dort, Mali rejoint Toufik l'homme qu'elle aime depuis des années et de qui elle attend un enfant. Ils décident de préparer en secret leur mariage pour finir de valider l'amour qui les unit depuis si longtemps. Mais c'est avant que la tension ne monte entre Meir et Toufik, une tension de plus en plus violente qui poussera ce dernier à commettre un geste fortuit, mais dont les conséquences seront désastreuses pour son avenir et celui de sa future femme…

Depuis quelques années, les films israéliens semblent avoir trouvé dans le cinéma un moyen efficace d'exprimer l'absurdité des conflits israélo-palestiniens.
Keren Yedaya le prouve une fois de plus avec
Jaffa. Un film politique certes, mais qui n'oublie pas d'être universel. Bien qu'il arbore le contexte actuel, l'impossible cohabitation entre deux peuples qui vivent pourtant ensemble depuis toujours,
Jaffa reste accessible en ce qu'il esquisse une histoire d'amour authentique d'un réalisme poignant. Tels les Roméo et Juliette des temps modernes, Mali et Toufik vivent une relation parsemée d'obstacles, freinée par les valeurs religieuses et familiales. La réalisatrice nous ébranle avec ce trop plein d'amour, tant et si bien que l'on se surprend à vouloir écrire leur histoire pour qu'elle finisse bien. A cela s'ajoute un contexte dramatique auquel il est facile de s'identifier. Issus de la classe ouvrière, les protagonistes travaillent dur pour gagner leur pain et
Keren Yedaya nous le montre franchement. Naviguant sans cesse entre le garage et leurs appartements modestes, pas le temps pour les loisirs. Le rituel du repas y est d'ailleurs montré de façon récurrente comme unique moment de retrouvailles.

Le cheminement de Mali est touchant en ce qu'il représente les conséquences de l'intolérable cruauté qui émane de ces tensions racistes. Son statut de femme et de mère est constamment remis en question par les valeurs familiales et religieuses, sa culpabilité et une haine latente entre deux peuples qu'elle regarde avec impuissance. Perdue au milieu d'un conflit qu'elle ne cautionne pas, son évolution dans la narration dénonce subtilement une violence aveugle dictée par une Histoire pas toujours objective. Seul le personnage de Meir, par son comportement haineux et détestable, a le mérite de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, ou ignorent penser jusqu'au jour où ils se confrontent réellement au choc des cultures. Avec une caméra toujours au plus près des personnages, filmés dans des espaces clos et exigus où chacun reste prisonnier de sa condition,
Keren Yedaya se veut témoin oculaire. Libre à nous d'en tirer les conclusions que l'on juge nécessaires.
Un film politique sans trop l'être ; juste ce qu'il faut. Jaffa est un film qui dénonce une cruelle réalité mais qui y aborde surtout la force d'un sentiment universel.