Présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, le film de Robert Guédiguian revisite le parcours de Manouchian et de son armée du crime.
Durant la France occupée de la seconde guerre mondiale, une faction de la résistance composée de jeunes immigrés juifs et communistes, dirigée par le poète Missak Manouchian, va combattre l'envahisseur allemand. Attentats et assassinats de soldats et généraux nazis vont régulièrement agrémenter les unes des journaux parisiens, jusqu'au jour du 21 février 1944, où 22 de ses membres dont son leader et le chef suprême des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – Main d'œuvre immigrée), Joseph Epstein, ne soit fusillé. Désigné par leurs bourreaux d' « armée du crime » durant leur campagne de propagande, Manouchian et ses alliés resteront tel un symbole de la lutte armée française.
Des terroristes pour un camp, des héros « mort pour la France » pour l'autre, phrase que scande une voix-off dans l'ouverture du film de
Robert Guédiguian, ouvrant sur les images des condamnés en partance pour leur destination finale, devant une population qui semble ignorer les turpitudes de l'occupation. Comme si les jours meilleurs annoncés étaient déjà là, l'infamie nazie lavée par le sang de ceux sacrifiés sur l'autel de l'idéal démocratique. Lumineux, voilà le mot qui vient à la vision de
L'Armée du crime alors que l'on pouvait légitimement attendre une vision plus sombre d'une œuvre sur la résistance et l'occupation. Bien loin de la noirceur de
L'Armée des ombres de
Jean-Pierre Melville, aux antipodes de la verve agitatrice du
Black Book de
Paul Verhoeven, cette évocation des actions du clan Manouchian tranche par l'indéfectible foi de son réalisateur en l'esprit internationaliste et humaniste animant les protagonistes de l'Histoire ressuscités. Ceux-ci ne sont pas dépeint, mais presque glorifiés, adulés.
Pourtant, Robert Guédigiuan ne tombe pas dans le pamphlet idéologique aveuglément optimiste et privilégie une vision naturaliste très proche de la reconstitution pédagogique de l'époque, avec la collaboration franche du régime de Vichy et sa disposition volontaire aux interrogatoires « musclés », qui deviendront un exemple à suivre pour leurs compatriotes germaniques. Seulement cette nuance de gris ne s'applique pratiquement qu'à l'ennemi avoué ou caché. En cela,
L'Armée du crime loupe le coche notamment quand il survole les zones d'ombres d'un partisan de la non violence obligé par la force des choses de franchir le pas de la prise des armes et d'administrer la sentence. Démarche timide et indécise qui se reflète dans une approche non spectaculaire et épique des moments forts du récit que l'auteur de
Lady Jane semblait toutefois désirer, sans pouvoir se résigner à en adopter les traits.
En dehors des séquences faisant appel au langage cinématographique,
L'Armée du crime reste un téléfilm historique de luxe pour chaîne du service public avec ses défauts… et ses qualités : la promesse d'une émotion adéquate et d'un scénario stablement charpenté, un bataillon de comédiens tous impeccables (on a beau chercher, pas une fausse note) parmi lesquels trône un
Simon Abkarian, solide et fragile, une vraie figure de premier plan, héroïque, tragique et désespérément humaine. Tout simplement l'un de nos meilleurs acteurs du moment, pour ceux qui pourraient encore en douter.
Manquant d'envergure et de fougue, L'Armée du crime n'en reste pas moins une œuvre particulière dans le cinéma de guerre, nourrie par les obsessions sociales de son réalisateur. A voir comme un bon téléfilm.