Une famille de policiers s'oppose autour d'une histoire de morale. Vous avez dit « américain » ?
Le Prix de la loyauté est une histoire typique de police, de corruption et de famille : le patriarche, alcoolique mais plein de principes, le frère ainé qui ferme les yeux et se retrouve plongé dans quelque chose qui le dépasse, le beau-frère qui est pourri et le cadet qui doit mener l'enquête. Tout ce petit monde va s'affronter – psychologiquement ou physiquement – dans leur métier, puis jusqu'autour de la table familiale : là où se mélange vie familiale et vie professionnelle, où respecter ses principes peut faire sauter l'équilibre de tout son environnement.
Malgré ce qu'indiquait son titre,
Le Prix de la loyauté a le bon goût de nous épargner les traditionnels poncifs sur le devoir et l'honneur, ce dont on lui est très reconnaissant ; mais la principale force du film est le traitement des personnages, relativement creusés pour le genre. Et s'ils apparaissent plutôt simples au début, le scénario parvient à leur donner un relief suffisant pour que le spectateur ne reste pas sur le bord du chemin. Ainsi, de façon plutôt habile, l'histoire se concentre-t-elle sur l'évolution des rapports entre les membres de la famille plutôt que sur l'enquête proprement dite, ce qui évite au film un côté trop superficiel qu'on pouvait craindre – surtout les premières minutes, avec ce mélange sport/caméra à l'épaule. De plus, ils sont tous bien joué, des personnages principaux aux petits rôles, ce qui donne à l'ensemble un ton très juste, très vrai, et plutôt percutant.
Cependant, malgré ces points positifs, le film ne décolle pas. L'histoire est ultra prévisible, les oppositions de personnages simplifiées, l'évolution de l'enquête téléphonée. Et finalement, malgré quelques tentatives dans une zone plus grise, la morale finale est bien tranchée comme dans tout bon film américain : la corruption, c'est pas bien, et ça te retombera dessus plus tard.
Le film reste tout de même honorable dans le sens où il remplit parfaitement sa fonction : présenter un conflit moral qui dépasse les limites de départ (la police) pour empiéter sur le personnel (la famille). Sa facture classique, dans le traitement du sujet comme dans la technique employée, sert relativement bien le scénario qui ne prend pas de risque :
Le Prix de la loyauté est un bon polar, il est juste dommage qu'il arrive dix ans trop tard pour se démarquer. Il ne peut maintenant que se mettre à la suite de tous ses prédécesseurs, et le spectateur ne sera ni surpris ni touché par cette histoire de corruption et de conflit interne. Dommage tout de même : la bagarre finale, sur fond de musique irlandaise caricaturale complètement incompréhensible (ne fusillez pas votre voisin du regard, ça vient bien du film et pas d'un portable), frise le ridicule.
Le Prix de la loyauté est un premier film de facture classique qui se repose sur ce qui est déjà connu. Pas mauvais, juste très très vu.