Pourtant toute auréolée d'un Lion d'or à la Mostra du festival de Venise, la dernière réalisation de Sofia Coppola ouvre cette année 2011 sous le sceau de la déception.
Vedette de cinéma à la réputation sulfureuse, Johnny Marco passe le plus clair de son temps au prestigieux hôtel Château Marmont où il reçoit les faveurs de jolies filles qu'il oublie aussi vite, boit comme un trou à des fêtes organisées en son nom, et passe les week-ends avec sa fille Cleo sans s'investir complètement dans son rôle de père. C'est justement cette gamine de 11 ans qui va lui faire prendre peu à peu conscience de la vacuité de son existence lorsque son ex-femme lui en confiera la garde sans le prévenir.
C'est à croire que les
Coppola sont les facettes d'une même pièce : tandis que la fin des années 90 sonne le glas artistique de Francis (
Jack,
L'idéaliste), c'est Sofia qui émerge progressivement jusqu'à prendre progressivement la relève de son papa. Inversement, alors que le père vient tout juste de retrouver de sa superbe avec
Tetro, c'est la fille qui commence à montrer des premiers signes de déclin dans une filmographie pourtant jusque là passionnante et exemplaire. Oui,
Somewhere est une déception pour qui était capable d'apprécier le cinéma de cette jeune cinéaste (ce n'est que son quatrième long-métrage). Pour ses détracteurs, celle-ci ne fait que leur donner davantage d'armes pour la faire chuter de son trône.
Tous les « défauts » imputables à
Virgin Suicides,
Marie-Antoinette et
Lost in translation (dont
Somewhere est quasiment un remake sans teint) se retrouvent dans cet objet d'une grande classe visuelle, jamais ennuyeux (malgré l'absence totale de péripéties dramatiques), parfois esthétiquement envoûtant (la superbe bande originale aidant) mais qui sent cruellement le réchauffé et la redite. Comme si
Sofia Coppola avait pris conscience de l'impasse créatrice vers laquelle tendait son travail, le film semble être construit sur cette idée même de la répétition. A l'image de son héros pris dans un cercle vicieux du vide existentiel, la réalisatrice érige un portrait intime et impassible d'un milieu superficiel où la relation filiale entre les deux personnages principaux tente de donner un semblant de consistance.
Malheureusement,
Somewhere (quelque part) est l'antithèse de son titre et la parfaite synthèse de son plan d'ouverture annonçant un récit qui tourne désespérément en rond pendant une heure et demie, avant de s'achever sur une mise en route narrative qui aurait dû s'enclencher (beaucoup) plus tôt. Un beau ratage en somme.
Moins inspirée qu'à l'accoutumée, Sofia Coppola signe avec Somewhere une œuvre belle dans la forme mais désespérément creuse dans le fond.