Rien ne se passe jamais comme on l'a pensé. Blindés le prouve avec ses 6 convoyeurs de fonds qui pensent détourner pacifiquement 42 millions de dollars.
Après deux premiers films assez réussis (le hongrois
Kontroll, inédit en salles mais disponible en DVD, et l'américain
Motel),
Nimrod Antal confirme avec son nouveau film,
Blindés son statut d'efficace artisan au sein de l'industrie des films à suspense. Continuant son exploration des huis-clos angoissants (le métro dans
Kontroll, le motel et, aujourd'hui, une usine de fonderie désaffectée), le réalisateur a choisi de mettre en images le scénario d'un jeune scénariste,
James V. Simpson. Quelque part entre
Le Convoyeur de
Nicolas Boukhrief pour l'univers des transporteurs de fonds, l'excellent
Blackout de
Simon Brand et même
Reservoir Dogs pour leur déroulement en milieu fermé,
Blindés s'avère être un divertissement plus que correct grâce à sa réalisation nerveuse, son script à la trame classique mais ponctué de rebondissements et ses acteurs (
Columbus Short vu récemment dans
Whiteout et
En Quarantaine, remake américain de
REC,
Skeet Ulrich, célèbre pour son rôle dans la série US «
Jericho » mais surtout
Matt Dillon et
Laurence Fishburne dont le film marque les retrouvailles plus de 25 ans après
Rusty James de
Francis Ford Coppola).
Jean Reno est lui aussi de la partie mais il faut avouer qu'il n'a, ici, pas grand-chose à faire.
Après le décès de ses parents, Ty Hackett rentre d'Irak pour s'occuper de son petit frère qui préfère faire des « graffs » sur les murs de la cuisine plutôt que d'aller à l'école. Engagé par la société de transports de fonds où son père travaillait, Ty est tiraillé par ses problèmes personnels (crédits à payer, frère qui risque d'être pris en charge par l'Etat…) et le dilemme qui se pose à lui à travers le méfait sans risque ni violence que son équipe se prépare à organiser (le détournement d'un fourgon blindé contenant plus de 40 millions de dollars par un second camion). D'abord réticent à commettre ce délit au sein de l'entreprise qui l'emploie, Ty va finalement rejoindre ses cinq collègues dont l'ambitieux projet de vol va tourner « au vinaigre » quand un témoin du larcin est abattu par le très agité Baines (
Laurence Fishburne donc). L'homme intègre va alors s'enfermer dans l'un des deux fourgons pour alerter la centrale sur le drame qui s'est produit et, par là-même, faire échouer le plan qui devait rendre les six co-équipiers millionnaires. Mais les autres ne l'entendent pas de cette oreille…
Porté par un scénario simple mais habile qui prend le temps d'asseoir ses enjeux dramatiques tout en mettant en scène un choix cornélien (les valeurs éthiques face au pouvoir de l'argent et de la violence), magnifié par une musique de
John Murphy qui fait lentement monter la tension,
Blindés est un divertissement qui séduit par les interrogations morales qu'il soulève, son efficacité de mise en scène indéniable, ses quelques cascades, son portrait de salaud intégral incarné par
Matt Dillon et sa tension qui ne faiblit pas durant près d'une heure de métrage. Deux mois après que Tony Musilin, convoyeur de fonds lyonnais, a réussi à détourner près de 12 millions d'euros, le film de
Nimrod Antal a le mérite de poser, tout en divertissant, un problème social (la richesse comme but à atteindre) présent dans les différents pays occidentaux. En peignant une Amérique en proie aux doutes et traumatisée par les attentats de 2001,
Blindés ose une fin d'une cruelle ironie qui met en évidence les contradictions d'une nation qui ne s'est jamais vraiment remise de la politique « bushienne ».
Nimrod Antal a, quant à lui, déjà été choisi par
Robert Rodriguez pour mettre en scène le scénario de
Predators. Bien qu'il s'oublie aussi facilement qu'il se regarde,
Blindés nous met en appétit pour déguster ce nouveau menu fort prometteur pour 2010.
Malgré les mauvaises rumeurs qui entouraient la sortie du film, Blindés est un divertissement tout à fait agréable par l'intelligence d'un scénario captivant, un choix d'acteurs judicieux, une mise en scène réussie grâce à laquelle l'action ne se relâche jamais. Au final, une bonne surprise.