On vous fait une proposition honnête : vous évitez la prison et libérez votre frère innocent si vous tuez votre autre frère, ce brigand.
The Proposition est le western le plus poétique du cinéma depuis
Le Nouveau Monde de Terrence Mallick. Que les âmes poètes sortent de leur Spleen et crient à l'abus de langage,
Le Nouveau Monde c'est Pocahontas, ça n'a rien d'un western d'abord. Ensuite, le film date de 2006 et
The Proposition de 2005 : il lui est donc antérieur. On leur répondra que « La terre est aussi bleue comme une orange ».
Qu'a donc mis
John Hurt et sa gueule de torture dans leur breuvage empoisonné des critiques cinéma ? La réponse est dans la question et elle enflamme ce nouveau monde du cinéma. Terre d'Australie. La seconde terre, après les Etats-Unis, la plus propice à accueillir le western sur son sol. C'est une terre ingrate, une terre de pénitence, là où le soleil brûlant des grands espaces s'écrase sur les crânes échoués des prisonniers. Pourchassé par les flèches aborigènes qui suivent par leur direction la complexité d'une culture, les vrais natifs, « les indiens », le souffre de l'exotisme, là entre crevasses et montagnes rouges, l'homme se retrouve au bord du gouffre. Traqué par les coyotes assoiffés de sang, l'homme s'affronte, se positionne, se séquestre et résout la proposition : vous évitez la prison et libérez votre frère innocent si vous tuez votre autre frère, ce brigand par un autre proposition. Depuis
La Dernière Vague de
Peter Weir, on peut se demander si le cinéma australien ne tourne pas autour de la question qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ?
En proposant un tel spectacle, partout à l'extrême : splendeur des paysages, terrible noirceur des personnages et assommante chaleur du soleil et déchiquetage fragmenté des corps,
John Hillcoat s'en tient à l'essence de l'existence, « l'être-là » d'Heidegger. Deux hommes pour deux mouvements. Capitaine Stanley se sauve et se constitue homme – homme libre - parce qu'il décide et fait le choix contre la loi et l'ordre naturel de libérer un présumé coupable, un témoin, un homme à tuer. Charlie Burns a de la chance. S'il a des couilles, il tue son frère, il fait la justice, il va contre la loi morale (personne ne devrait avoir à tuer son frère), il se sauve et donne à sa vie une existence. Il se constitue homme. Quand le cinéma va si profond dans ce couple, devenu ici indissociable, poésie/philosophie, à quoi bon s'épuiser à décrire cette incroyable lumière, à recadrer l'axe sur la place qu'occupe la caméra. A quoi bon adresser jusqu'au bout de la nuit nos plus chaleureuses louanges à la composition d'ensemble de l'interprétation. Pêches pourries. Non, pour atteindre ce cinéma délicat comme le froissement d'un papier d'argent c'est que le tout approche la perfection.

Le renouveau du genre western c'est l'infiltration d'un auteur dans les fondements du genre. On ne peut plus alors qu'à peine parler de genre.
3h10 pour Yuma ou
Appaloosa annonçait un renouvellement,
The Proposition les plante dans le désert des films mineurs autour des autres grands cactus du spaghetti…
The Proposition c'est un nouveau monde.
Il n'y a plus qu'une seule interrogation : Pourquoi est-ce que la distribution a patienté quatre ans avant de servir
The Proposition ? Est-ce qu'il faut quatre années pour s'apercevoir de
The Proposition ? Comment un tel film ne mérite t-il pas plus rapide distribution ? Ce ne sont là que de sans doute vaines propositions… Oui, facile.
Extrême, poétique, puissant, philosophique, splendide, déglingué. Un cinéma délicat comme le froissement d'un papier d'argent. Le tout approche la perfection.