Moon est un film ambitieux et incontestablement réussi, à voir exclusivement sur grand écran.
Sam Bell (interprété par un
Sam Rockwell au sommet de son jeu artistique) vit reclus sur la station lunaire Sélène où il a pour mission de surveiller les extractions de minerai (l'hélium 3), énergie non polluante qui reste l'unique solution pour alimenter le Monde. Employé par la société Lunar, Sam se raccroche aux conversations qu'il tient avec sa famille (sa femme et sa fille, née après son départ) et à sa relation avec le robot Gerty (voix de
Kevin Spacey). Mais son contrat arrivant à échéance, Sam va bientôt pouvoir retrouver la Terre et c'est malheureusement, peu avant son départ que les choses commencent à se dérégler. Perte de conscience ? Début de folie liée à la solitude ? Sam voit apparaître son double. A partir de ce moment, le spationaute va aller de découverte en découverte (et nous avec).
Premier film de
Duncan Jones (en fait le pseudonyme choisi par Zowie Bowie, fils de David),
Moon, pour une somme minime de 5 millions de dollars, est une réussite plastique et sensorielle tout à fait personnelle. En effet, bien qu'il ait pioché dans les classiques de la SF au cinéma (
2001, l'odyssée de l'espace bien sûr mais aussi
, autant celui d'Andrei Tarkovski que celui de Steven Soderbergh), Duncan Jones a réussi à recycler ses influences en réalisant un « space-opéra » tout à fait singulier bien que son traitement, languissant, contemplatif voire carrément hypnotique nous ramène aux œuvres sus-citées. Filmé en un scope somptueux laissant une belle place aux détails, Moon bénéficie d'une musique envoutante de Clint Mansell (compositeur attitré de Darren Aronofsky) et d'un scénario malin assez ahurissant dans ses multiples thématiques.
Aussi, Moon traite bien sûr de l'isolement et de ses risques sur le psychisme humain mais aussi du monde du travail (ses mensonges, ses désinformations et ses manipulations), du temps qui passe (de la vieillesse donc) tout en rajoutant des thèmes actuels tels que la crise énergétique et les progrès scientifiques (mais on n'en dira pas plus bien que la surprise soit de taille). La photographie glacée de Gary Shaw retranscrit tout à fait la monstruosité du quotidien de Sam. Le film de Duncan Jones reste tout de même assez positif (bien que le doute en soit le moteur) et contrairement au chef-d'œuvre de Stanley Kubrick, le robot Gerty aide l'homme tandis qu'Hal voulait prendre le contrôle sur les humains. Moon n'a pas que des qualités (quelquefois le rythme s'affaiblit, on se perd un peu dans les méandres du scénario…) mais l'expérience (car c'en est véritablement une) mérite amplement d'être vécue pour son (ses) discours et sa beauté visuelle époustouflante. On attend maintenant une date de sortie française pour Moon qui, pétri de qualités, devrait vite trouver un distributeur. Enfin, on l'espère.
Premier film réussi pour Duncan Jones qui gagne ses galons de metteur en scène de talent. David Bowie peut être fier de son rejeton.