Bronson, nouveau film de Nicolas Winding Refn (Pusher), se place sous le signe de la performance. A plus d'un titre.
Biopic,
Bronson ne s'intéresse pourtant pas à la vie du célèbre comédien justicier dans la ville, mais à
Michael Gordon Peterson, au nom de guerre de
Charles Bronson, détenu gallois considéré comme le prisonnier le plus violent de Grande Bretagne. Ainsi depuis sa première arrestation à l'âge de 22 ans pour vol à main armée (d'un butin de 26,18 Livres), lui ayant valu une peine initiale de 7 ans de prison, il n'a plus connu que 4 mois et 9 jours de liberté, du fait de ses multiples faits d'armes pénitenciers (prise d'otage, coups et blessures…) et de ses rapides rechutes lors de ses deux libérations. Il purge à ce jour une peine de prison à vie.
Auteur de la réputée mais peu vue trilogie
Pusher,
Nicolas Winding Refn s'attache alors à réaliser le portrait de ce personnage « bigger than life », véritable légende vivante, pour dépasser le cadre du simple biopic et livrer une profession de foi. S'éloignant de la littéralité chronologique de la vie de son personnage, en modifiant certains faits ou en abolissant les repères chronologiques, le cinéaste danois aborde
Charles Bronson par son versant le moins attendu, son expression artistique. En effet, outre que pour sa violence, l'homme est aussi réputé pour ses écrits et peintures. De ce fait, le détenu se verra alors transfiguré du simple dément que peut laisser apparaitre sa biographie, à un artiste transgressif qui a fait de sa vie une performance perpétuelle.
Bronson s'articule alors autour de cet axe, celui d'un personnage s'adaptant difficilement à la vie en société et trouvant comme unique véhicule à ses pulsions créatrices son seul don, sa force physique incommensurable. La violence devient alors son mode d'expression, lui conviant l'adrénaline résultante de l'acte créateur. Chaque affrontement devient une performance, nécessitant mise en scène et folklore, avec pour seul but son existence propre. La psychologie n'est alors plus de mise : l'on ne percevra jamais la raison de
Charles Bronson, pas plus que l'on ne se penchera, à peine subrepticement, sur le fonctionnement du système pénitentiaire ou sur sa sexualité, que l'on peut imaginer trouble. Cela aurait été passionnant, mais aurait changé la volonté intrinsèque de l'œuvre.
D'une vie d'exhibition constante,
Nicolas Winding Refn tire logiquement une performance graphique - chorégraphiant les combats sur fond de musique classique et électro (de
Lakmé à
Glass Candy), ou illustrant le one-man-show cérébral auquel se livre le pénitent - dans une profusion artistique indéniablement singulière de par ces procédés de mise en image et sa photographie granuleuse, à défaut d'être totalement original (on peut penser à
Orange Mécanique sur le fond dans la première partie, ou à
Paolo Sorrentino dans le style, la prétention en moins). Il fait ainsi de la vie de son personnage, un manifeste de son propre art, en tant que réalisateur de films à la dimension physique et violente certes, mais résultant d'une pensée propre sur sa gestion et son sens. A ce pendant auteuriste se greffe la retranscription de l'humour mordant, marque de fabrique de
Peterson, qui ajoute au film, déjà badass et réflexif, une facette corrosive réjouissante.
Rentre alors finalement en compte une ultime performance, celle de
Tom Hardy, simplement incroyable. A plusieurs niveaux. Par sa métamorphose physique, tout d'abord, puisque l'acteur anglais est transfiguré par un impressionnant gain musculaire. Effort qui aurait été vain sans la performance de jeu, cette fois-ci, auquel il se livre, selon la schizophrénie des tons employés (de la comédie au drame sous-jacent). De tous les plans et d'un investissement personnel autant physique que mental, véritablement impressionnant, il contribue à part égale à la réussite de
Bronson.
Plus que le simple film hardcore et efficace attendu, Bronson s'avère être autant un biopic singulier à l'humour inattendu, qu'une réflexion sous testostérone à propos de l'expression artistique.