Après une rame de métro en otage, Tony Scott reste en terrain ferré avec un train fou complètement Unstoppable. Une promotion, en quelque sorte.
On pourra reprocher tout ce qu'on veut au pitch d'
Unstoppable, sauf sa note d'intention qui demeure très claire sur la marchandise : si on décide d'aller voir la dernière commande de
Tony Scott ce n'est clairement pas en espérant visionner un chef-d'œuvre d'art et essai. Nous sommes dans le cinéma d'exploitation dans ce qu'il peut avoir de plus basique. D'ailleurs tout n'est ici que prétexte à offrir un divertissement qui dans les années 70 aurait probablement fait figure de film catastrophe haut de gamme et de blockbuster estival dans les années 80/90. Aujourd'hui on parlerait plus d'une série B installée en première classe.
Même le point de départ est bidon : un cheminot fainéant laisse tourner sa locomotive en marche pendant qu'il va manipuler manuellement un aiguilleur qui ne s'est pas enclenché et hop c'est le drame ! La commande lâche et l'imposant convoi chargé en produits hautement inflammables et toxiques se prend à jouer les filles de l'air sur les voies ferrés de la Pennsylvanie rurale, menaçant de dérailler dans une zone à forte concentration humaine. A un conducteur en préavis de licenciement (
Denzel Washington) et à son nouveau partenaire ayant des soucis matrimoniaux (
Chris Pine) de faire équipe et de s'imposer en fiers « american working heroes » qu'ils sont. On le voit, ce n'est pas la subtilité et l'originalité qui conduisent le scénario, accumulant au passage nombre de clichés du genre : les deux coéquipiers allant mettre de côté leurs différences pour se respecter mutuellement, des autorités incompétentes et intéressées qui vont accumuler gaffe sur gaffe… en résumé sur le papier
Unstoppable ne mériterait pas qu'on monte à bord. Et pourtant…
On l'a déjà dit et on le répète,
Tony Scott est quelqu'un qui mérite à être connu… enfin reconnu pour le très bon artisan qu'il est la majorité du temps. Certes on ne peut que déplorer que le bonhomme ne poursuivent pas ses expérimentations visuelles qui font toute la substance de son cinéma sensoriel (
Les Prédateurs,
Man on Fire,
Domino…) pour se réfugier dans des productions commerciales dans lesquelles il stagne. Or comme tout bon artisan qui se respecte,
Tony Scott est un gars qui a du bagout et qui connaît son boulot sur le bout des doigts (n'en déplaise à ses nombreux détracteurs). De ce fait, un projet de cet acabit avait des chances de bénéficier de ces qualités - de moins en moins fréquentes à Hollywood – et c'est justement ce qui arrive. Ambitieusement faiblard,
Unstoppable se rattrape par une confection inattaquable remplissant parfaitement ses objectifs primaires.
Production carrée n'y allant pas par quatre chemins, le film fonce droit vers le terminus sans s'arrêter. L'introduction est minimaliste, la conclusion aussi (tant mieux vu le sentimentalisme à deux balles qui l'étreigne) afin de laisser le plus gros morceaux au développement marqué par son lot régulier de scènes d'actions spectaculaires et un suspense dynamisé par une mise en scène 100% labélisée
Tony Scott qui n'invente rien mais fonctionne à plein régime. La majorité des grosses machines hollywoodiennes du moment ne peut pas en dire autant.
Avec son style habituel, Tony Scott signe l'un des divertissements les plus francs du collier de l'année qui nous rappelle les bonnes heures de l'Entertainment américain d'il y a vingt ans. Un film old school chargé en nostalgie.