Chronique de la vie quotidienne brésilienne au travers d'une famille, une mère et quatre frères.
Voilà quatre frères, avec dans le désordre Dinho, Denis, Reginaldo et Dario quatre frères de pères différents qui partagent le même toit, le même destin, épaulés par leur mère Cleuza, vraie force de la nature interprétée par
Sandra Corveloni. Elle obtient le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2008 et elle peut. Souvenez-vous de la performance de
Angelina Jolie dans
L'Echange pour le niveau. Un destin qui de l'aveu du réalisateur se devait de refléter la réalité quotidienne de Sao Paulo.
Il y a 300 000 coursiers en mobylette à Sao Paulo. 300 000 coursiers sur 20 millions d'habitants, c'est plus qu'une voie de garage, les jeunes se ruent vers les stations-service. Ca fait 200 kilomètres d'embouteillage et des gaz d'échappement sur tous les carrefours, vive les casques à visière puis bientôt les masques.
Walter Salles ne se préoccupe pas du futur, c'est le présent qui l'intéresse. L'espoir, la réussite, l'échec, la frustration, l'amertume, les relations, les émotions, la vie, tout ça quoi. L'essence de la vie qui se dessine sur la droite, sur la gauche de ses tâches d'huile sur lesquels il faut être précautionneux. La chute est brutale, ça fait mal. On approche la vérité, petite touche lacrymale. C'est la dure réalité. c'est du super et c'est sans plomb à la fois.
Walter Salles peint cinq portraits de richesse équivalente, il a déjà fait
Carnet de Voyages le bonhomme, cinq histoires qui se réunissent en tout ou en partie entre les murs d'une carcasse de pavillon. Un film choral qui par bien des aspects, mais sa forme et ses ruptures d'abord rappelle
Gomorra. Cinq destins croisés qui n'ont pourtant peu à voir les uns avec les autres.
Denis, l'aîné est coursier, probablement parce que sa mère a vite nécessité son aide financière. Femme de ménage, en foutre dans l'assiette de tout le monde pour tout le mois, difficile tableau. La laitière. Entre deux livraisons et un coup de bourre, Denis se ravitaille chez son frère Dinho ou pas. Dinho est à la pompe à essence quand il ne pompe pas son entourage avec ses formules pentecôtistes. Il se lave de la pisse qui l'entoure, le fumier mais l'aspect fondamental de la religion dans les pays en développement, c'est la mentionner pour la mentionner. Elle aide à faire passer la pilule. Enfin non. Enfin si. On n'est pas ici pour emmerder le pape, voilà. Mais parenthèse refermée, c'est juste un fond cette religion, c'est parce qu'elle est très présente qu'on la mentionne… on mentionne sa présence. C'est tout.
Walter Salles dépasse –refuse- la critique sociale, simple, simpliste, réductrice et si facile pour que de ces personnalités disparates jaillisse une nouvelle force. La fratrie. Aspect qui surplombe littéralement tout son film, il suffit d'un coup d'œil à l'affiche pour s'en convaincre. La dernière mention peut-être oubliée de notre chère devise française : en l'absence de père (de patrie), c'est la fraternité qui doit maintenant sauver le pays tout entier.

Que l'on discute encore de Dario, qui, à 18 ans voit ses envies de devenir footballeur décuplées mais ses rêves gravement s'amoindrir. Ce sont ses frères les premiers présents pour le relever d'une nuit difficile. Remise en selle au lendemain, il suffit d'un tournoi de si peu, un bout de cuir, trois jongles, deux sourires, une petite coupure. Son frère Reginaldo, cet autre fils de pute – médaille d'or de l'insulte dans la famille, ça maintient en forme et difficile de faire pire- suit à 14 ans un autre but. Sa quête : retrouver son père, un chauffeur de bus noir de la métropole brésilienne. Son idée : voler un bus. Son plan : apprendre à embrayer. Il faudrait qu'il nous donne des leçons mais le cours là professeur, on le connaît sur le bout des doigts, non ? C'est le maigre bémol à cette affaire brésilienne.
Walter Salles a déjà les réponses à ses questions… alors on doit malheureusement les accepter.
Un film réussi sur le Brésil des années 2000, un point de vue lucide moulé dans une forme intelligente, qui puise sa force du sujet. La mise en scène ne révolutionne pas le genre, elle participe à l'évocation simultanée de plusieurs aspects de la société étudiée. Ajoutez un prix d'interprétation féminine pour faire les jointures et on l'obtient notre fratrie brésilienne.