C'est un titre auquel il suffit de se référer. Mais comment cette dernière va bien pouvoir s'appliquer ?
Premier plan du film : une forêt de sapin qui pique du nez. Les cimes imposantes se meuvent sur l'eau au rythme du vent. Plus tard, un lancer de pierre ; sec ! L'onde de choc entraîne des cercles qui peu à peu s'écartent du centre. Le reflet se floue. Le paysage devient tâche parsemée de couleur, le reflet, conséquence de la lumière sur la forêt est en perturbation mais la nature brute et somptueuse de l'arrière-pays viennois est toujours là. Qui a jeté le caillou, le réalisateur nous donnera la réponse mais il résume là le plus important, le film en beauté et en une minute.
Loin d'être un inconnu, Gotz Spielmann, réalisateur, a déjà présenté deux films nommés à l'Oscar du meilleur film étranger (The stranger en 1999 et
Antares en 2004) mais il surprend toujours avec des plans qui attendent la coupe. Paradoxe, l'homme a la coupe vive… l'homme c'est Alex, un mec bien, ordinaire mis à part son probable job dans un bordel de centre ville, rouge sang, et sa relation d'amour passion avec une jeune prostituée immigrée et sans papiers, et sans grand-chose très franchement. Un homme ordinaire embarqué dans une situation extraordinaire lorsqu'il se décide à braquer une banque moche et grise dans une ruelle paumée d'un village paumé où vit son grand-père bien seul. Plan long sur la ruelle, on attend la coupe, on attend que ça coupe, coupe coupe !
Cette ruelle on s'en souviendra, on s'en souviendra comme on se souvient du lac isolé où l'un fait son jogging et l'autre jette des cailloux au fond de l'eau. Ne rigolez pas, jeter des cailloux au fond de l'eau c'est un hobby plaisant. Deux scènes maîtresses, charnières, pivots où les grands hommes, les justiciers malchanceux chacun à leur manière se rencontrent et s'expliquent. Le premier décoche une balle, œil de lynx, l'impact se fait en pleine nuque et scelle le destin de
Tamara.
Tamara, c'était la prostituée ukrainienne, son prénom signifie « palmier » en hébreu, une créature plantureuse qui mérite vengeance.
C'est la revanche d'Alex, celui qui jette des cailloux. On y est ! Voilà que le titre s'éclaircit, on a quitté la ville, moins de fumée pour plus de clarté. Mais où l'air est-il le plus respirable ? Vous voyez les films de
Takeshi Kitano,
Sonatine pour ne citer que lui… c'est du tragique en zone rurale, enfin entre les collines, dans une ferme ou une cabane, on l'a le décor. Les vaches mâchent du foin, les oiseaux chantent. L'homme des villes y prépare sa vengeance et le gardien de la paix touche du bois. Le bois on y revient, satané sapin, il faut être d'un physique pour en faire des bûches.
Ne touchez pas la hache, Alex s'en approprie, coupe et découpe. Il répète les gestes du messie, en Espagne Gotz Spielmann obtiendrait la Coupe du Roi. Ses choix de montage le consacrent Roi de la Coupe. Et ça, ça mérite bien une note d'accordéon : va-y pépé Thanheiser, nous t'écoutons !
En digne héritier de Takeshi Kitano, Spielmann s'offre un film intimiste sans esbroufe qui tire sa force émotionnelle par son montage. Ca coupe court, ça coupe long, ça coupe pas, ça casse le rythme mais qu'est ce que ça frappe fort.