Après la voie sans issue que fut pour lui Wolfman, Mark Romanek revient enfin aux affaires sérieuses avec une adaptation du roman plébiscité « Auprès de moi toujours ».
Mine de rien, presque une décennie sépare le premier du second long-métrage de
Mark Romanek. Dix ans pour pouvoir visionner le nouveau travail de cet ancien clippeur de renom s'étant fait joliment remarqué avec le pointilleux et plébiscité Photo Obsession. La faute notamment à sa défection du projet
Wolfman, conduit finalement par le plus facilement malléable
Joe Johnston… enfin bref, c'est suffisamment long pour susciter une curiosité débordante qui ne sera traitée qu'avec le poétique
Never let me go. Une œuvre d'autant plus attendue qu'elle transpose à l'écran le best-seller de Kazuo Ishiguro, « Auprès de moi toujours », soit le parcours sur trente ans de trois jeunes gens dans une Angleterre « parallèle » du XIXème siècle, où la science permet de donner naissance à des clones humains encadrés dès leur enfance pour accepter l'idée qu'ils serviront de garde à organes pour des citoyens de première catégorie jusqu'à l'accomplissement tragique de leur courte vie.
A l'instar de l'œuvre originelle, le récit d'
Alex Garland (
28 jours plus tard,
Sunshine) se détourne complètement des questionnements moraux inhérents à une pratique controversée, aussi bien qu'il se moque des impératifs spectaculaires qu'un tel postulat de science-fiction permettait (inutile d'attendre un
The Island bis). Profondément intimiste et d'une sobriété narrative aussi rudimentaire que chirurgicale,
Never let me go cherche avant tout à brasser une foule de questionnements sur la furtivité de l'existence sous le couvert d'un triangle amoureux à la recherche d'un temps perdu d'avance. Sur le papier la note d'intention apparaît audacieuse mais concrètement le résultat se révèle moins emballant. Car à force de trop vouloir construire un objet irréprochable,
Mark Romanek – qui s'est sans doute senti obligé de devoir refaire ses preuves en tant que cinéaste – donne l'impression de survoler son sujet au profit d'une tranquille mélancolie et d'un esthétisme de papier glacé. Malgré les superbes images d'
Adam Kimell et un trio de jeunes comédiens irréprochables, il n'est pas toujours aisé de se laisser submerger émotionnellement par une neutralité de ton qui, à la manière des protagonistes ne remettant jamais en cause leur funeste destin, exclut tout débordement passionnel.
Malgré un lyrisme visuel indéniable et un sujet en or, Never Let Me Go reste à l'état de film concept somnolent, qui émeut moins qu'il ne laisse passif.