La Horde, c'est sauvage nous dit le rap qui clôt le film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Franchement, pas tant que ça !
Depuis l'annonce du projet sur le web,
La Horde a été l'objet d'un buzz hallucinant. Tourné en septembre 2008, le film de
Yannick Dahan (ancien critique de Mad Movies et Positif et présentateur de l'excellente émission « Opération frisson ») et
Benjamin Rocher connaît une sortie tardive. Bien qu'il ait été présent dans divers festivals (dont ceux de Sitges et Gérardmer où il vient de remporter le prix du jury Syfy Universal),
La Horde a connu des problèmes de post-production conséquents. Aussi, malgré un récent remontage du début du film, notre attente de cinéphiles friands d'objets transgressifs et saignants allait enfin être repue par la vision du métrage qu'on annonçait comme une tentative inespérée du film de zombie en territoire français.
La Horde est une suite directe du court
Rivoallan dans lequel un flic se faisait tuer par une bande de malfrats de cité. Au début du film on retrouve donc le policier mort et, à son enterrement, ses collègues qui ourdissent une vengeance contre les tueurs qu'ils vont tenter de « serrer » lors d'une descente dans une tour HLM de la banlieue nord de Paris. Les deux groupes en présence vont commencer à s'affronter, ignorant encore tout du danger qui va les empêcher de sortir de l'immeuble. Mais quand le premier zombie, à la force herculéenne et aux dents acérées (et cannibales) fait son apparition, les truands et les policiers n'auront d'autre choix que de s'unir pour tenter d'évacuer, étage par étage, le bâtiment, bientôt encerclé par ces êtres morts et démoniaques dont la faim n'a d'égale que leurs effroyables cris mi-humains, mi-bêtes.
La Horde débute plutôt bien par une plongée dans l'action rapide et sans fioriture mais il ne faut pas moins d'une dizaine de minutes pour faire déchanter le spectateur qui repère bien vite, dans la nervosité excessive qui nait de l'opposition des clans, une violence hystérique à la
Roger Avary (
Killing Zoé). On est donc bien ici dans une série B dont l'approche scénaristique (le polar qui vire au film d'horreur) rappelle celle d'Une Nuit en enfer imaginée par
Quentin Tarantino. Mais alors que le film de
Robert Rodriguez tenait la route grâce à une mise en scène sinon inventive, du moins efficace, celle de
Yannick Dahan et
Benjamin Rocher (enrichie de l'aide de
Nicolas Peufaillit récemment co-scénariste sur
Un Prophète) touche au n'importe quoi : les scènes de tuerie ou d'affrontement avec les morts-vivants, filmées en caméra portée, rendent compte d'une impossibilité évidente à capter l'action tant celle-ci devient vite illisible. Du coup le rythme chaotique du film, oscillant, quant à lui, entre les scènes trop longues (dans lesquelles des sous-intrigues inutiles nous sont exposées) et celles trop brèves et furtives tant attendues (celles des attaques « zombiesques ») ne trouve jamais ses marques. Pourtant, il aura fallu quatre scénaristes pour établir une histoire où il ne se passe rien sinon une tentative de fuite dont chaque épisode se solde systématiquement par des fusillades tenant du jeu-vidéo, procédé justifié dans
REC et sa suite (pour ne citer que les exemples les plus brillants) mais qui ne trouve ici aucune raison d'être.
Forcément, on nous dira qu'il est rare que le cinéma français s'aventure sur le terrain du cinéma de genre (en un an, on a pourtant eu droit à
Humains et
Mutants) et que l'intention est louable et courageuse. Cela justifie-t-il pour autant un film dans lequel la majorité du jeu des acteurs sonne faux (on peut sauver
Jo Prestia, le Ténia d'
Irréversible et
Yves Pignot qui excelle dans un rôle de beauf jamais remis de la guerre d'Indochine) ? Des dialogues navrants qui tendent à consolider les clichés sur les jeunes de cité ou qui virent vers une bêtise qui, même revendiquée, n'en reste pas moins bas-de-plafond ? A force d'influences innombrables qui tournent toujours en leur défaveur (
Robert Rodriguez,
George A. Romero,
Rob Zombie,
Sam Raimi, l'iconographie même de l'affiche rappelant l'univers d'
Evil Dead), en ne réussissant jamais à choisir entre deux options (en montrer trop ou pas assez, faire rire ou faire peur, situer la banlieue comme cause de l'apparition des zombies en évitant soigneusement tout message social…), le film de
Dahan et
Rocher devient incohérent et difficile à sauver malgré deux ou trois bons moments de violence exutoire (dont une, dérangeante, qui nous apprend comment torturer une zombie). Espérons que malgré ces nombreux défauts,
La Horde réussira à combler les « geeks » auxquels il est destiné. Les vrais fans de cinéma bis préfèreront, de loin, les vendredis soirs que la Cinémathèque française consacre au cinéma de quartier.
Jeu approximatif, scénario qui tient en trois lignes, réalisation hasardeuse, La Horde possède tellement de défauts qu'il devient impossible de tous les énumérer. Surnagent quelques scènes sympathiques mais trop rares pour combler la longue attente qui nous a été infligée.