Contre tous les pronostics, Brad Pitt se met au défi d'employer une bande de bras cassés et de les mener à la victoire.
Si l'affiche française du Stratège ne singeait pas le poster américain, on pourrait croire que tout a été entrepris pour le vendre au plus grand nombre (la présence centrale de
Brad Pitt et son accroche « par les producteurs de
The Social Network »), tout en occultant volontairement qu'il y est question de base-ball. L'un des sports les plus connotés par l'identité nationale US (excepté le Japon) et accessoirement l'un des plus impénétrables pour nous autres gaulois. Effectivement, pas facile pour un distributeur de vanter les mérites du long-métrage de Bennet Miller (
Truman Capote) dans lequel il va être question pendant plus de deux heures de tactiques statistiques et de gestions économiques touchant un jeu auquel 99% de l'Hexagone ne comprend culturellement rien. Ce serait toutefois réduire la portée de ce très beau film qui présente plusieurs arguments de poids pour dépasser les à-priori. Un peu à l'image de son personnage principal.
Billy Beane (
Brad Pitt juste en toute situation) fut un joueur prometteur dont le destin professionnel s'est avéré très en dessous des espoirs escomptés. Devenu le manager de l'équipe de Oakland, il doit faire face au départ douloureux de ses meilleurs piliers recrutés par des clubs beaucoup plus fortunés et haut placés dans le championnat. Comprenant que les dés sont pipés, Billy décide alors de changer sa logique d'approche du recrutement de ses joueurs. Avec le soutien de Peter Brand, un diplômé en économie de Yale, il se base uniquement sur un calcul des compétences plutôt que sur la cote subjective des analystes professionnels. Dit de cette façon, cela paraitrait nébuleux pour n'importe quel non adepte de la logique mathématique, mais les enjeux dramatiques sont définitivement ailleurs.
Avant d'être une œuvre sur le langage informatique
The Social Network se veut une brillante tragédie sur le reformatage des rapports humains dans la société 2.0. Il en va de même pour le film de
Bennett Miller (
Truman Capote) où la compréhension des finalités stratégiques compte moins que celle du parcours d'un autre individu qui va bouleverser les idées préconçues d'un système caduque allant être refaçonné de la tête au pied (pour le meilleur ou pour le pire à chacun de voir). Dès lors, il n'est pas étonnant que le scénariste
Aaron Sorkin (oscarisé pour le chef-d'œuvre de
David Fincher) ne s'écarte une fois de plus des impératifs du genre auquel il devrait se cantonner (le film sportif dans le cas présent), pour broder une étude de pensée au cœur d'une passionnante comédie dramatique qui n'exclut pas les sentiments, ni la beauté du sport.
Un faux film sportif où se distingue l'écriture exceptionnellement fine et audacieuse d'Aaron Sorkin. La surprise de ce mois de novembre.