Privé de sortie en salle française, le dernier John Carpenter arrivera donc directement dans nos rayons dvd en février 2012. C'est pas juste !
Il aura fallu attendre presque dix ans pour voir
John Carpenter reprendre le chemin des plateaux de cinéma. Presque une décennie entière qui aura vu nombre d'idoles qui ont fomentés les goûts cinématographiques de nombreux d'entre nous, disparaître (
John McTiernan), jouer les divas en retard (
James Cameron) ou resurgir à intervalle très irrégulier (
Paul Verhoeven). C'est dire si le retour de Big John comme on aime à l'appeler, prend donc une dimension particulière (pour ne pas dire politique dans un sens) pour tous les nostalgiques d'un cinéma de genre classique dans le sens le plus noble du terme.
The Ward est en cela un véritable manifeste en faveur d'une approche épurée et droite du fantastique à une époque où pullulent la surenchère gore et les gros effets ostensibles – utilisés parfois pour le meilleur souvent pour le moins bon – oubliant fréquemment l'essentiel : l'angoisse. Et hormis la présence d'un twist final typiquement dans l'ère du temps, il n'y a aucune trace de modernité dans cette ghost-story se situant volontairement dans le cadre vintage des années 50/60. Pour le reste rien de vraiment nouveau à l'ouest : on y suit Kristen (
Amber Heard), une jeune femme incarcérée dans un institut psychiatrique dont l'apparente tranquillité va rapidement être bouleversée par les attaques du fantôme d'une ex patiente se débarrassant de ses anciennes amies de chambrée dans l'indifférence totale de la direction semblant tout faire pour cacher leur disparition.
La formule a fait ses preuves et est suffisamment connue de tous pour ne surprendre personne. Mais
The Ward ne vaut pas le coup d'œil pour son escalade de meurtres cliniques et de révélations éclairantes qui parsèment le scénario savamment équilibré des frères Rasmussen jusqu'à sa résolution psychologique laissant un petit arrière petit goût de déjà-vu (
Identity). Réalisé par un autre que
John Carpenter, il est tout à fait probable que le film n'aurait présenté aucun intérêt. Sauf qu'il l'est et permet à son réalisateur de prouver sa domination sur les jeunes loups en matière d'atmosphère et de mise en scène. A ceux qui douteraient encore de sa vivacité, Big John délivre une petite leçon qu'il serait bon d'apprendre par cœur. Pour s'en convaincre il suffit de constater que même les usages horrifiques les plus galvaudés passent comme une lettre à la poste avec une caméra prenant le soin de scruter le cadre inquiétant et de laisser assez d'ouverture pour que les actrices puissent exister. A côté d'
Amber Heard (confirmant tout le bien qu'on pense d'elle) et de ses compagnes de cellule, les midinettes de
Sucker Punch font pâle figure. Là où les personnages de
Zack Snyder n'étaient que des poupées de cire, ceux de
The Ward se révèlent vraiment empathiques. Suffisamment pour que leur sort nous intéresse un minimum et que l'ont suive sans sourciller cet opus carpentien, malgré tout dépossédé de cette insubordination à laquelle le maître nous avait habitué auparavant. Un assagissement qu'on pardonnera sans complaisance par le grand âge du monsieur. Bien qu'on aimerait voir plus de réalisateurs (
Wes Craven et tous les autres papys de l'horreur ayant sombré dans un cynisme dégradant) montrer autant de panache et de jeunesse.
Pas franchement le chef d'œuvre attendu mais The Ward reste une efficace démonstration du savoir-faire de John Carpenter qui même sur un mode mineur sait en remontrer aux trois quarts de la production horrifique d'aujourd'hui ayant droit de polluer nos écrans de ciné. Rien que pour ça respect !