Après Ring, Kaïro, Dark Water et consorts, c'est au tour du coréen 2 Sœurs de passer sous les lames tranchantes du mixeur hollywoodien.
Après des mois d'internement dans un hôpital psychiatrique depuis que sa mère a trouvé la mort dans un incendie, Anna s'apprête à retrouver son foyer. Apparemment reconstruite, la jeune fille est heureuse de retrouver son père, sa sœur Alex. En revanche, elle n'apprécie guère la présence de Rachel, l'ancienne infirmière de sa défunte mère devenue l'amante de son paternel. Leur relation s'envenime lorsque plusieurs cauchemars réalistes lui font douter de ses bonnes intentions, la poussant à croire qu'elle est la responsable volontaire du décès de sa mère…
L'expérience le prouve : les remakes américains de bandes asiatiques sont souvent voués à l'échec. Alors quand Hollywood décide de s'attaquer au
2 Sœurs de
Kim Jee-woon d'où naît déjà une méprise d'identité sur sa nature, on peut se demander si la confusion ne va régner dans sa copie. La légitimité du Grand Prix Gérardmer de 2005 a largement été contestée par une partie de la presse n'y ayant vu qu'un Ring-like inutilement tordu et maniériste dans son esthétisme. Sauf que le film se présente moins comme un thriller horrifique, que comme un drame psychologique se servant d'éléments fantastiques et de référents fantomatiques pour nourrir une étude psychiatrique passionnante sur le trauma chez les adolescents. Le problème de
2 Sœurs n'est pas qu'il ne méritait pas son prix mais qu'il n'avait pas forcément sa place dans un tel festival dévoué à l'horreur au sens strict et communément acquis du genre.
Assez parlé de l'original, revenons à sa version occidentale idiotement rebaptisée
Les Intrus (il faut avoir vu l'objet en intégralité pour s'en rendre compte), qui prouve bien qu'on n'est pas obligé de comprendre dans le moindre détail une œuvre à la construction complexe, pour en refourguer une autre beaucoup plus simple, facile à digérer et consommable par le plus grand nombre. Au-delà des aménagements culturels d'usages, des raccourcis narratifs et des rajouts explicatifs inévitables dans une production main-stream, du polissage correctif des angles jugés trop aigus par la bonne morale, le script du réalisateur coréen doit en plus subir d'importantes et déséquilibrantes coupes dans sa résolution finale, limitant dangereusement la portée intellectuelle et la perspicacité du propos, soigneusement charpentées dans
2 Soeurs. L'agencement de cette fin en un twist prévisible et cousu de fil blanc n'est que la dernière difformité d'une entreprise mercantile jusqu'au bout des ongles.
Mise en scène, musique… tous les outils ne sont qu'au service de la seule fonctionnalité impersonnelle, évitant de déraper hors de la ligne tracée, des fois qu'il prendrait aux exécutifs dévolus, les frères Guard, de faire dans l'originalité. Pour créer la tension, on monte le son, pour traduire l'ambigüité comportementale de la belle-mère on utilise un léger et persistant travelling avant… et de temps en temps l'appui de comédiens forçant leurs expressions dans l'éventualité que le djeuns moyen (auquel on aura fait comprendre dès l'introduction que
Les Intrus s'adresse en priorité à sa petite personne) soit trop bête pour décrypter ce qui se trame derrière ces bords de cadre tendancieux laissant présager une subjectivité balbutiante. De qui ? A vous de deviner.
Encore un remake US inutile d'une bobine venue de l'est. Est-il nécessaire de stipuler qu'une séance de rattrapage de l'original s'impose ?