Après Doomsday, Neill Marshall continue de décontenancer ceux qui voudraient le cataloguer avec Centurion. Mais là ce n'est pas tout à fait pour le meilleur du cinéma de genre.
En un film, Neill Marshall est passé du statut de révélation du cinéma de genre britannique à celui de réalisateur mésestimé et passablement ignoré par une presse généraliste qui ne lui pardonne pas de s'être écartée de la voie qu'elle avait tracée pour lui. Parce que
Doomsday échappait complètement aux étiquettes, parce que ce maxi best-of du cinoche des années 80 « osait » se présenter comme un objet cinématographique décomplexé, construit sur le seul bon plaisir de son auteur à la personnalité irrémédiablement geek, celui-ci fut catalogué comme une série Z débile et foutraque (pourtant s'il y a un récit de science-fiction qui tient la route c'est bien celui-là). Certes la démarche de
Marshall n'était pas exempte de défauts mais ce n'est pas pour autant qu'on doit oublier les nombreuses qualités de son bébé qui avait au moins l'avantage d'offrir un spectacle nostalgique aussi bien (voir meilleur) que 95% des blockbusters actuels, et ce avec un budget frisant le ridicule. Rien que pour ça le bonhomme mérite le respect mais à voir la sortie technique française dont jouit encore son nouveau long-métrage
Centurion, il est clair que sa réhabilitation n'est pas pour aujourd'hui.
Surtout que le résultat de ce péplum constitue une certaine déroute de la part de Neil Marschall qui démontre là les limites de son cinéma aimant à contredire ce qui a été fait précédemment. Du futur peu réjouissant de
Doomsday nous voilà plongé en l'an 117 où l'Empire romain impose sa domination sur la face du monde. Seul le peuple Picte réussi à s'y opposer en ridiculisant les troupes de l'empereur déboussolées par la nouvelle approche de combat appliquée par l'ennemi. Dans l'espoir de sortir de cet embourbement, Rome décide d'envoyer la légendaire Neuvième légion pour liquider le chef des barbares. Pris dans une embuscade, les 3000 hommes se font massacrer. De cette immense boucherie arrivent à survivre sept légionnaires qui décident de rejoindre coûte que coûte la frontière. Mais ils sont rapidement pris en chasse par la terrible Etain, une impitoyable pisteuse qui n'aura de cesse de les traquer jusqu'au dernier…
Si le pitch de
Centurion part sur des bases réjouissantes qu'on définirait comme une sorte de péplum assorti à un survival des années 70 jouant astucieusement sur l'une des plus passionnantes énigmes de l'antiquité ; dans les faits le résultat s'avère
in fine déconcertant sur nombre de points. Le premier serait celui de constater que si avec
Doomsday Marshall donnait l'impression d'une production richement garnie, ici on ne peut que se rendre compte qu'il n'a pas eu les moyens financiers et techniques de ses ambitions : quelques plans aériens et d'autres de foules ne suffisent pas à le cacher. Pas dans une séquence de bataille dans laquelle plusieurs milliers de soldats s'affrontent alors qu'ils ne sont pas plus d'une centaine dans le cadre, ni dans celle d'un assaut sur un avant-poste frontalier qui pour posséder l'ampleur voulue nécessiterait d'impliquer plus de dix personnages… Alors que d'autres auraient remanié le projet afin de l'adapter à la bourse (voire de le mettre de côté en attendant une situation favorable), le metteur en scène décide de faire le bis rital qu'il désire voir en essayant de le dissimuler par des décors restreints et un montage haché. En vain !
D'une générosité extrémiste qui l'oblige par exemple à accompagner n'importe quel coup de glaive par un effet gore qui tache,
Centurion finit par se perdre dans un trop plein de péripéties et de sous intrigues abrégées aussi rapidement qu'elles ont été greffées au récit principal : une action ou un des protagonistes de l'histoire prend la fonction de fil conducteur, elle/il est automatiquement éliminé ou remplacé par un nouveau seulement après une poignée de minutes. A force de tout vouloir mettre, le réalisateur coupe tous les ponts empathiques avec le spectateur qui ne peut se reposer sur aucun support tangible, ni s'attacher à un excellent casting si on excepte l'ex James Bond girl
Olga Kurylenko, pas très crédible en louve muette et sauvage. Malgré cela, on garde notre confiance en
Neil Marshall dont l'envie de cinéma continue d'occasionner quelques pics d'exaltation. Vas-y
Marshall, tu finiras par les avoir !
Un faux mini-Gladiator enragé où les défauts sont légion et dont certains sont directement à mettre au crédit d'un réalisateur pêchant par excès.