Pour son premier film de studio américain, Edgar Wright adapte et transcende la bande dessinée de Bradley Lee O'Malley. Ready ?... GO !
A 23 ans,
Scott Pilgrim vit à Toronto avec son meilleur ami homosexuel et passe son temps entre les répétitions de son groupe de rock et une liaison amicale avec une lycéenne qui l'admire, dans l'espoir d'oublier sa précédente petite amie. Car les relations amoureuses de Scott ont toujours été un peu compliquées. La venue de l'envoûtante Ramona Flowers ne va pas contredire cet état de fait. Si tout se passe plus ou moins bien au début, le post-ado va rapidement déchanter lorsque l'un des sept anciens copains maléfiques de la jeune fille de ses rêves va le défier dans un combat à mort…
Contrairement à
Shaun of the Dead ou
Hot Fuzz, le dernier long-métrage du prodigue anglais
Edgar Wright n'est pas un projet original car issu d'une bande dessinée en gestation (le dernier des six volumes est sorti aux Etats-Unis un mois avant celle du film) de Bradley Lee O'Malley qu'on présente déjà comme un phénomène de société. Pas facile de s'attaquer à un « objet de culte », d'autant plus que
Scott Pilgrim marque la première incursion du réalisateur sur les terres nord-américaines : de quoi craindre que le niveau qualitatif auquel il nous a habitué ne périclite quelques peu sous le poids d'une pression trop forte ou de contingences imposées par un studio de la trempe de
Universal Pictures, ayant déboursé la somme plutôt rondelette de 60 millions de dollars. Heureusement pour le spectateur, il n'en est absolument rien. Osons même le dire,
Edgar Wright signe peut-être là son opus le plus virtuose, le plus libre, le plus enthousiasmant.
S'il ne peut donc prétendre à l'originalité de son récit du fait de sa parenté avec le comic-book (en est-ce vraiment un ?) dans lequel on trouvait cet incroyable mix de références (du cinéma, en passant par le manga, le jeu vidéo…) et de genres aussi disparates que la comédie, le musical, le cinoche d'action, le fantastique, la romance…, le réalisateur n'en demeure pas moins le pilier porteur de la réussite de
Scott Pilgrim qui surpasse l'original. A l'instar de sa source d'inspiration, la version filmique échappe à toutes les étiquettes et se pose tel le nouveau membre d'un cinéma utilisant la fusion organique des médias issus de la pop culture associés aux mythes anciens (
Matrix,
Speed Racer,
Avatar…), qui se propose de réduire en miette les frontières établies et les supports. Dès lors,
Edgar Wright peut tout se permettre, tous les mélanges, toutes les impertinences formelles et narratives qui lui passent par la tête. Au plus aguerris de saisir la balle dès le premier rebond car la folle cadence de
Scott Pilgrim n'attend personne. Surtout pas ceux n'entravant absolument rien aux geeks d'aujourd'hui qui prendront, eux, un plaisir hors du commun.
Voilà sans doute la seule limite de ce film d'une génération fait par l'un des leurs, apposant un goût immodéré et sincère pour un univers nostalgique et sans règles où la moindre folie cérébrale peut se concrétiser en images. Oubliez la plupart des adaptations de super-héros et de jeu vidéo,
Scott Pilgrim leur met la pâtée haut la main et mérite de ce fait d'être vu en salles. Alors par pitié, si vous aimez voir des combats dignes d'un Dragon Ball Z, si ne vous comptez plus les parties de Street Fighter 2 avec vos potes, les lectures assidues de manga, si vous êtes susceptibles de tomber raide dingue amoureux des cheveux colorés de
Mary Elizabeth Winstead, même si vous avez déjà téléchargé ou acheter le blu ray américain de
Scott Pilgrim pour ne pas attendre sa sortie tardive française, faites l'effort de vous déplacer dans le cinéma le plus proche de chez vous car ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir un spectacle complet de ce type sur un grand écran.
Scott Pilgrim est dingue, imprévisible, déjanté, rock n' roll, moderne, romantique, émouvant, irrésistible, nonsensique, martial, épique, jubilatoire, fou, décoiffant… et la liste de superlatifs pourrait être longue.