Le célèbre rappeur, Notorious B.I.G., décédé prématurément ressuscite au cinéma le temps d'un film.
Notorious B.I.G. revient sur le parcours du chanteur et sur sa tragique disparition. Assassiné alors qu'il sortait d'un club privé de Los Angeles le meurtrier reste, à ce jour, inconnu. En racontant la vie de Christopher Wallace (allias
Notorious B.I.G.) de son enfance jusqu'à sa mort,
George Tillman Jr. suit sa progressive métamorphose. Le petit garçon rondouillet montré du doigt de Brooklyn devient un adolescent costaud et ambitieux. Et tous les moyens sont bons pour gagner de l'argent : en s'adonnant allègrement au trafic de drogue en pleine rue, il commence à se faire un nom tant pour ses qualités de dealer que de slameur. Ses vices lui feront connaître la prison, où il y puisera son inspiration pour écrire ses textes. Après avoir purgé sa peine,
Notorious B.I.G. est un homme nouveau. L'argent sale ne l'intéresse plus. Sa rencontre avec Puff Daddy marquera un tournant dans sa carrière. Mais son ascension ne fera pas sans heurts : une « guerre » éclate dans le monde du rap entre la côte est et la côte ouest des Etats-Unis. C'est au cœur de ce tumulte grandissant que
Notorious B.I.G. sera tué par balles. Une mort prématurée qui fera de lui une légende.
Le personnage de
Notorious B.I.G. a, depuis longtemps, suscite l'intérêt de la filière cinématographique. Mais la mère du rappeur n'a eu de cesse de s'opposer à tout biopic qui ne garantirait pas une authenticité des faits. Entre une presse enflammée et des rumeurs infondées sur les circonstances de sa mort, la mère de Christopher Wallace décide de mettre la main à la pâte en coproduisant le film de
George Tillman Jr. ; une façon de garder un œil sur la vie de son fils. De ce fait, on aurait pu craindre un discours gentillet, un point de vue tendre et maternel sur le personnage, mais il n'en est rien.
Notorious B.I.G. ne se veut ni moralisateur, ni dénonciateur, ni défenseur d'une vie jonchée de vices et de mensonges. C'est avec une neutralité bien venue que nous découvrons le célèbre personnage (remarquablement interprété par
Jamal Woolard). Tantôt attendrissant et émouvant, tantôt malhonnête et choquant, le portrait du jeune homme reste entier. Ses qualités mais aussi ses défauts, le désacralisent judicieusement et permettent à l'homme de prendre le pas sur l'idole. Une démarche appréciable en ce qu'il rend le personnage plus accessible pour ceux qui ne l'ont connu qu'à travers son nom de scène et ses chansons.
Les acteurs quant à eux, affichent un mimétisme troublant face aux « versions originales ». On retiendra surtout la prestation de
Jamal Woolard, dont la ressemblance avec le défunt chanteur est plus que frappante. L'immersion dans l'univers du rap des années 90 est totale car rendue possible par une fidèle reconstitution du contexte.
Notorious B.I.G. se construit donc dans un flagrant souci d'authenticité, tant et si bien que l'on reste au seuil de la biographie, sans plus ni moins. Le film verse dans une narration stricte sans mesurer l'importance de certains faits qui auraient mérité d'être étayés. Et c'est là que le bât blesse sensiblement. Car à partir du milieu du film le scénario tangue, expédiant certains évènements clés en deux temps trois mouvements. Ce qui commençait à être intéressant, c'est-à-dire les tensions qui ont précédé sa mort, ne sont abordées qu'en filigrane. A la place se traînent de longs enregistrements en studio et des orgies aussi vulgaires qu'inutiles. Ce n'est qu'en pointillé que
Notorious B.I.G. nous fait entrer dans la guerre des mots, où chaque clan répond à son adversaire par le biais d'une chanson. Un conflit qui nous captive par son caractère insolite et son ampleur insoupçonnée, mais que le scénario rend malheureusement à l'état d'ectoplasme.
Notorious B.I.G est un portrait honnête et intéressant du chanteur ; mais aussi de l'homme. Toujours est-il que le scénario aurait gagné à trouver un juste équilibre entre moments clés et banalités. On ressort de la salle avec la sensation d'un film inachevé. Dommage.