Johnny Depp a un petit penchant pour l'alcool dans Rhum Express. Gueule de bois pour le spectateur ?
Treize ans après
Las Vegas Parano, l'écrivain Hunter S. Thompson voit une autre de ses œuvres adaptées sur grand écran, cinq années après sa disparition… Présenté comme une suite du film précité, il n'en est en fait rien puisque l'histoire se déroule une décennie auparavant et ne concerne pas les mêmes personnages. En ce sens il doit se prendre comme un film indépendant de l'autre dont seule la présence de
Johnny Depp les rapproche. Et en voyant
Rhum Express on se rend compte qu'il ne faut pas comparer les deux films, ici le ton étant moins acide et
Bruce Robinson n'étant pas
Terry Gilliam. Comprendre qu'on a ici une ambiance un peu moins folle (ou plus posée c'est selon les affinités) et une forme un peu plus classique pour présenter les mésaventures du journaliste Paul Kemp, alcoolique sur les bords (et pas que), engagé dans un modeste journal de Porto Rico, qui va tomber amoureux de la belle Chenault, fiancée au businessman Sanderson, en train de montre un dossier douteux. Kemp va alors être balancé entre la proposition malhonnête que celui-ci lui soumet ou faire consciencieusement son job en relatant tout ça dans le journal, qui n'est pas au mieux, entouré de collaborateurs assez loufoques…
Si la réalisation de
Bruce Robinson s'avère un peu trop sage pour restituer tout le piquant que l'histoire exige,
Rhum Express ne manque pas d'atouts pour emporter le spectateur au coeur d'évènements rocambolesques tournés dans le décor particulier de Porto Rico, dont il parvient assez bien à saisir la fièvre autant que la beauté. Le film permet notamment à
Johnny Depp de revenir en meilleure forme que lors de l'insipide
The Tourist ou du dernier volet de la franchise
Pirates des Caraïbes où il en faisait des caisses. Celui-ci connaît bien l'univers d'Hunter S. Thompson pour avoir déjà tourné dans
Las Vegas Parano donc mais également car il fût l'ami de l'écrivain, et ça se voit car il se fond à merveille dans la peau de Paul Kemp, ce journaliste très décalé entouré de personnages incarnés avec délectation par
Michael Rispoli (vu récemment dans
Kick-Ass),
Richard Jenkins ou
Giovanni Ribisi, irrésistible en véritable éponge à alcool s'écoutant à fond des discours d'Adolf Hitler (!).
Amber Heard continue quant à elle son installation à Hollywood en ayant ici une partition certes limitée mais qu'elle effectue avec application tandis qu'
Aaron Eckhart hérite lui du rôle de « méchant » un peu trop étriqué. Au final, s'il n'y a pas de quoi être retourné,
Rhum Express provoque une délicate ivresse qui se savoure correctement le temps qu'elle dure.
Manquant un peu de folie, Rhum Express se laisse tout de même agréablement suivre, surtout grâce à l'interprétation d'un Johnny Depp un peu retrouvé, entourés de personnages secondaires truculents.