Presque trente ans après avoir joué les longs-métrages avant-gardistes, Tron revient pour une seconde partie. Mieux vaut tard que jamais.
Si aujourd'hui le terme « culte » est employé à tort et à travers (souvent à tort), le premier
Tron du nom fait partie des rares élus à pouvoir arborer cette étiquette. Œuvre pionnière dans l'utilisation des effets spéciaux et dans la démocratisation de l'univers informatique au cœur du système cinématographique, le film de
Steven Lisberger hante encore aujourd'hui la mémoire d'une solide communauté de fans, au point de pousser
Disney à réitérer l'exploit une seconde fois dès le milieu des années 90, et ce malgré les menaces d'un nouvel échec commercial (n'oublions pas qu'une large partie du public de l'époque avait décidé de rester aux portes des cinémas). La gestation fut longue mais l'attente suscitée en vaut la peine (technologiquement parlant), récompensée par un curieux blockbuster issu de la firme aux grandes oreilles. Curieux car la version 2.0 de
Joseph Kosinski se partage entre deux objectifs pas forcément complémentaires : satisfaire les fidèles de l'original tout en touchant le maximum de néophytes. Une démarche qui, aussi louable soit-elle, donne lieu à un enthousiasmant et bancal upgrade de
Tron.
Devenu le roi du jeu vidéo avant de mystérieusement disparaître de la surface du globe il y a vingt ans, Kevin Flynn (
Jeff Bridges) laisse son fils Sam (
Garrett Hedlund) orphelin et actionnaire majoritaire de sa compagnie. C'est alors qu'un étrange message provenant du bureau secret de Flynn parvient à Sam qui accède par erreur à la Grille, le monde virtuel crée par son père dont il est prisonnier depuis tout ce temps. A la fois détaché temporellement de son modèle mais profondément rattaché à celui-ci au point de commettre les mêmes erreurs,
Tron L'héritage de
Joseph Kosinski s'impose de ne pas franchir certaines limites narratives alors que son éclatant terrain de jeu numérique permettait toute sorte d'explorations. Ainsi, la première partie dans la Grille se résumerait presque à une compilation boostée des séquences caractéristiques de
Tron (le combat de disques, la course de moto…), tout en y insérant plusieurs pistes pas inintéressantes du tout que la suite ne prendra pas la peine de mener jusqu'à maturité (la race des ISO, le sort de Tron, le personnage du génial
Michael Sheen…), afin de privilégier la relation filiale entre Flynn et son fils qui n'arrive pas au niveau émotionnel qu'on aurait pu souhaiter compte tenu de la grande qualité des comédiens ; surtout
Jeff Bridges, impérial.
Si
Kosinski arrive à nous transporter de manière sensitive dans cette réalité parallèle rien que par une direction artistique rarement aussi prenante pour un espace créé de toute pièce grâce à l'ordinateur (le précédent cas d'émerveillement fut
Avatar) et une époustouflante musique orchestro-électrique des
Daft Punk,
Tron L'héritage se montre sentimentalement aussi inconsistant qu'un pixel : son réalisateur (novice dans le cadre du long-métrage) a encore quelques progrès à faire pour égaler les prestigieuses références citées (
2001, l'odyssée de l'espace et
Star Wars en tête) avec une histoire qui n'en mène toujours pas large. Après tout, nous sommes chez
Disney, bien que l'ambiance adulte du film (le premier degré prévaut) et la mise en scène parfois volontairement anti-spectaculaire lors des moments de bravoures, nous le fasse oublier par moment.
Bien qu'imparfait, Tron L'héritage est une suite qui dépasse de plusieurs coudées son prédécesseur vieillissant. Dommage seulement que le projet ne se réduise fondamentalement qu'à une superbe direction artistique et une bande originale du tonnerre.