Après Anne Fontaine, c'est Jan Kounen qui y va de son long-métrage sur Coco Chanel. Cette fois, c'est sa relation avec Igor Stravinsky qui est évoquée.
Coco Chanel aura été gâtée en 2009 avec deux films lui étant pleinement consacrés. C'est le film d'
Anne Fontaine,
Coco avant Chanel, qui a remporté la course pour sortir en premier sur les écrans, le métrage de
Jan Kounen ayant quant à lui les honneurs d'une sélection cannoise, puis une sortie tardive à la fin décembre. Là où le premier balaye les jeunes années de la célèbre couturière, le second se focalise sur quelques semaines de sa vie, et sa relation aussi courte qu'intense avec le grand musicien russe Igor Stravinsky. C'est en 1913 lors de la première du Sacre du Printemps que Coco va faire d'abord connaissance avec la musique de celui-ci, toute autant révolutionnaire qu'elle est une femme indépendante. Il s'agissait là d'une première très mouvementée où bon nombre de gens n'avaient pas apprécié le spectacle proposé, au point de créer une véritable émeute, et de donner l'occasion à
Jan Kounen de signer une séquence d'ouverture prodigieusement fascinante. Les deux personnages vont se recroiser sept ans plus tard où Stravinsky est ruiné. Coco Chanel propose donc de l'héberger lui, sa femme et ses enfants.
On peut dire que les fans de la première heure du metteur en scène pourront êtres désarçonnés car
Jan Kounen signe ici son film le plus calme, ou le plus posé diront certains. En effet, en s'attaquant à l'épisode de la vie de la couturière au moment où elle côtoyait un compositeur à la musique virevoltante, on aurait peut-être pu s'attendre à un peu plus de folie de la part du réalisateur, qu'il parte dans quelques envolées spéciales dont il nous a habitué. Que nenni, ici
Jan Kounen livre un drame sobre et élégant en nous montrant une facette de son talent qu'on ne connaissait pas vraiment jusque-là. Au-delà d'une séquence introductive formellement somptueuse qui permet de mettre en exergue la frilosité des élites lorsqu'il s'agit de faire preuve d'audace artistique, il parvient à distiller de l'émotion avec parcimonie au sein d'une relation soufflant le chaud et le froid entre cet homme détruit et cette femme indubitablement indépendante, symbole de la femme forte par excellence. Le réalisateur n'a également rien perdu de son sens de l'image et de l'esthétisme, livrant des plans d'une grande beauté par ses mouvements de caméra amples additionnés à des décors raffinés.
Jan Kounen parvient à livrer un film intimiste, à la fois chronique d'un amour charnel et fusionnel relié à une vision artistique, et drame sentimental crédible visant toujours juste, la situation compliquée impliquant la femme d'Igor Stravinsky n'étant jamais laissée de côté. Bien au contraire, celle-ci permet de mettre en avant la très belle partition d'
Elena Morozova, qui piquerait presque la vedette au duo tête d'affiche tant son jeu de femme malade, à la fois fragile et superbement lucide, s'avère d'une belle subtilité.
Mads Mikkelsen, le grand public avait déjà pu le voir en méchant de James Bond dans
Casino Royale, et il prête parfaitement sa carrure à cet homme aux multiples fêlures, tout comme
Anna Mouglalis semble mieux habiter la silhouette de l'égérie que ne le faisait
Audrey Tautou. L'actrice livre un jeu à son image, soit avec plus d'aspérité que sa petite camarade, parvenant à faire de Coco Chanel une femme véritablement imposante, autant par sa passion inaltérable que sa grande opiniâtreté.
Jan Kounen signe un drame sobre et élégant sur la relation entre Coco Chanel et Igor Stravinsky, porté par une Anna Mouglalis convaincante et la belle révélation d'Elena Morozova.