Avec Humains, la France rate encore un film de genre en livrant un travail inégal à la limite du ridicule. Zut.
Un premier film c'est toujours délicat, surtout quand on s'attaque à un genre particulier.
Humains n'échappe pas aux défauts traditionnels et multiplie presque à l'infini les références, tant au niveau du scénario que de la réalisation. Entre clin d'œil, hommage, allusion et pompage, difficile de s'y retrouver et le film zigzague entre ses modèles sans parvenir, avant longtemps, à se poser. C'est en effet dans la durée qu'il prend de la valeur, et on suit une amélioration presque constante quoique trop longue à venir jusqu'à un dernier quart d'heure qui nous ferait presque regretter tout le mal qu'on en a pensé depuis le début. Pas de panique : il suffit de se rappeler des performances abyssales de
Sara Forestier, encore moins convaincante que
Lorant Deutsch – et ce n'est pas peu dire – pour se souvenir que oui,
Humains peut – et va – se faire gentiment oublier.
Après une première partie introductive (qui est qui et autres traits de caractères, en gros), le film joue sur l'axe de la tension (un corps qui disparaît, des traces inconnues, une silhouette au loin) ; puis, après la confrontation, il se transforme en survival (courez, courez ! ah
, trop tard), pour basculer, après une accélération solide du rythme et de la tension (la rencontre des voisins : le seul passage intéressant), à quelques images de fin pseudo-mélancoliques tendance réflexion pensive sur nous-mêmes. Aïe. Parce que oui, comme tous les films de ce genre,
Humains se targue d'avoir un message. Si ça a pu marcher pour certains de ses modèles, ici, on doute un peu de l'impact. Entre « ce n'est pas parce que l'autre en face est différent de nous qu'il n'est pas comme nous » et « même l'homme peut perdre son humanité », il n'y a rien de transcendant.
Le nœud du scénario – nous ne sommes pas la seule espèce humaine – est discutable, malgré la conviction certaine des producteurs, scénaristes et réalisateurs. En réfléchissant deux secondes, nous tiquons ; pourquoi cette branche n'aurait pas, elle aussi, évolué de son côté ? Si nous possédons bien plus de technologie que les hommes de Cro Magnon, on ne voit pas pourquoi ceux de Neanderthal ne se seraient pas développés, eux aussi. Appris à se tenir droit, à vivre dans des huttes et non des grottes, à maîtriser une forme de langage… Du coup, notre esprit logique nous tire en arrière, nous empêche de rentrer dans le film, et la plupart des passages avec ces nouveaux venus frisent le ridicule. Certes, cela permet à
Humains de jouer quelques instants sur le côté « choc des cultures » et autre thématique de la rencontre de l'inconnu, mais bon ; on aurait plus cru à une histoire de voyage dans le temps, c'est dire.
Alors, entre allusions même pas voilées à des films plus anciens, scénario de départ improbable et séparation trop nette en parties déséquilibrées, le bilan est plus que médiocre. Cependant, même si
Sara Forestier s'évertue à nous expliquer que c'est un film d'aventures (on nous dit même d'amener nos enfants ! Ben voyons !), il parvient quand même à quelques instants à insuffler une certaine dose de tension, rajoute un peu de sang, et nous offre dans le dernier quart d'heure quelques bons affrontements. Le film sait aussi être drôle à certains moments, même si, dans un souci de réalisme sans doute, il aime à tomber dans le vulgaire facile.
Humains n'est pas entièrement à jeter ; il a même quelques passages plutôt bien faits. Malheureusement, complètement tiraillé entre ses différentes inspirations et le refus buté d'assumer son genre, il se retrouve finalement un peu comme un canard sans tête, à courir en zigzag sans atteindre quoi que ce soit.