Le réalisateur de Perhaps Love s'essaye à l'épopée historique sans génie mais avec une indéniable conviction.
Un lieutenant désabusé (
Jet Li), le chef d'une troupe de voleur (
Andy Lau) et son acolyte (
Takeshi Kaneshiro) vont devenir les chefs de la première armée des Han allant conquérir sa renommée par le fer dans une Chine alors en plein embrasement. Trois guerriers, trois amis, trois frères de sang s'étant juré fidélité. Mais leurs divergences philosophiques, la convoitise et l'arrivisme du premier vont fissurer ce serment et détruire leur amitié…
Quiconque est amateur de culture chinoise aura forcément reconnu dans le récit de
Les Seigneurs de la guerre l'un des faits divers les plus importants et les plus célèbres de la dynastie Quing (1644-1912), l'assassinat du gouverneur de Nanking en 1870, ayant engendré quantité d'œuvres (livres, opéras, films) toutes de manière plus ou moins éloignée de la véracité historique. Parmi ces œuvres cinématographiques, on retiendra surtout le magnifique Frères de Sang de Chang Cheh dont le réalisateur a avoué vouloir se détacher afin de ne pas créer l'amalgame entre les deux (avant
The Warlords, le titre international initial fut
The Blood Brothers soit le même que celui de 1973). Une volonté qui est effective la plupart du temps.
Comme son prédécesseur,
Les Seigneurs de la guerre mélange agréablement film d'arts martiaux et dramaturgie aux accents de tragédie classique, sur fond de querelles guerrières entre souverains allant coûter la vie de plus de 70 millions d'hommes. A ceci près qu'au lieu de lorgner quasi exclusivement du côté du triangle de bandits réunis sous le sceau de la fraternité virile,
Peter Chan ausculte plus en profondeur l'arrière-plan mis à sa disposition, proposant ainsi une fenêtre entrouverte sur les enjeux politiques de l'antichambre gouvernementale de l'époque, véritable théâtre de complots, de magouilles et d'arrangements faits sur le dos des combattants réduits à l'état de chair à canon. D'où un déballage de barbaque dans les scènes de bataille aux graphismes loin des dernières productions chinoises friquées aux allures de vitrines exotiques à destination de l'exportation internationale.
Les Seigneurs de la guerre n'est certainement pas Le Secret des poignards volants ou
La Cité interdite avec leur esthétisme de pacotille et leurs chorégraphies sur câblées ennuyeuses, et lorgne davantage du côté de l'épopée barbare à la Braveheart, ne faisant pas dans le chichi. Tout y est sale, poussiéreux, sanglant, noirâtre à l'instar des tapis de cadavres suintant la putréfaction et faisant office de décor morbide à cette superproduction asiatique (la plus grande de l'année 2007) qui aurait gagné toutefois à consolider son scénario routinier qui demandait plus de souffle. Peut-être n'aurait-il pour cela pas fallu engloutir 30% de son budget confortable dans le salaire de sa star
Jet Li, devenu un brin mégalomane.
Péché de gourmandise a moitié pardonné puisque l'acteur livre ici l'une de ses plus bouleversantes compositions. Jamais - ou très rarement – aura-t-on vu aussi somptueusement l'émotion traverser son regard pénétrant chargé d'une humanité torturée face à ses choix immoraux, meneurs des désillusions d'un
Andy Lau tout simplement splendide. Malheureusement la sainte trinité n'est pas complète, le fadasse
Takeshi Kaneshiro faisant tapisserie dans un rôle déjà trop passif à la base.
Les Seigneurs de la guerre ne trônera certes pas au milieu des fleurons du genre mais constitue un bon apéritif, en attente d'un repas potentiellement plus nourrissant :
Les Trois royaumes de
John Woo par exemple.
Derrière le plus grand succès du box-office chinois se cache une superproduction humainement sombre et efficace, cultivant moins l'esbroufe visuelle que certains de ses compatriotes mais pêchant par plusieurs carences dans sa construction.