Un beau film d'espionnage français mélangeant terrorisme et sentiments, c'est possible ? Nicolas Saada nous prouve que « oui » et remporte son pari haut là main.
Long est le parcours de
Nicolas Saada pour arriver à la réalisation de son premier long métrage
Espion(s). Critique aux Cahiers du cinéma durant une décennie qui va de la fin des années 80 à la fin des années 90,
Nicolas Saada a également été adjoint de production sur Arte tout en animant sur Radio Nova une émission passionnante consacrée à la musique de films (l'un de ses grands crédos). En 2004 il réalise néanmoins son premier court (30 minutes),
Les Parallèles, film ambitieux dans sa narration qui présente quatre personnages se croisant (une vendeuse de parfums, un paranoïaque, un musicien dépressif, un homme d'affaires corrompu).
Les Parallèles, soutenu par un casting des plus beaux (
Géraldine Pailhas,
Mathieu Amalric,
Jonathan Zaccaï et
Bernard Verley) est fascinant et, contrairement, à ses collègues des Cahiers du cinéma qui, une fois passés derrière la caméra, ont réalisé des films intellectuels assez nauséeux (voir
Les invisibles de
Thierry Jousse),
Nicolas Saada préfère déjà conter son histoire avec son propre style, personnel mais aussi constitué par sa grande culture cinématographique. Résultat :
Les Parallèles fut nommé pour le César du premier court-métrage en 2005.
Espion(s) suit la veine mi-réaliste, mi-film de genre qui semble animer le réalisateur. L'histoire est celle d'un bagagiste à Roissy, Vincent, qui aime voler quelques babioles dans les valises avant leurs passages dans la zone douanière. Le récit s'accélère quand son collègue ouvre une valise diplomatique, y dégage une bouteille de parfum qu'il fait tomber. L'impact a pour effet de le transformer instantanément en boule de feu. Vincent va alors vite se retrouver chez les services secrets français (la DST) qui vont, en échange de sa liberté, lui demander d'enquêter sur un homme d'affaires anglais, lui-même manipulé par les Syriens auxquels appartenait la valise. Pour cela, il devra entrer en collaboration avec les services secrets anglais (MI5), et partir à Londres pour tenter de soutirer des informations à l'épouse de l'industriel. Une histoire d'espionnage qui va vite virer à l'histoire d'amour.
Il y a plusieurs choses très intéressantes dans
Espion(s) qui en font un film très réussi. On parlera tout d'abord du casting, qui offre à
Guillaume Canet un de ses plus beaux rôles au cinéma, au charme et au jeu intérieur de
Géraldine Pailhas qui retrouve son metteur en scène des
Parallèles qui semble en avoir fait une sorte d'égérie hitckockienne (
Nicolas Saada a d'ailleurs écrit le rôle en pensant à elle). Si Hyppolyte Girardot est parfait en agent de la DST, Stepen Rea convainc moins en agent du MI5 mais peut-être est-ce seulement dû à son détachement « so british ». Les seconds rôles sont au diapason et il serait injuste de ne pas les citer : entre autres,
Archie Panjabi (de nouveau sur les grands écrans dans
Trahison dans quelques jours) ou la toujours excellente
Hiam Abbass (Les Citronniers,
The Visitor).
Ensuite, la mise ne scène de
Nicolas Saada évite tout sensationnalisme ce qui fait d'
Espion(s) un film haletant mais privilégiant l'atmosphère à une certaine efficacité « bon marché » dont nous venons de faire les frais avec le
Secret défense de
Philippe Haïm à la réalisation américanisée à outrance. Pas de gratuité chez
Nicolas Saada en revanche mais un film efficace mélangeant l'histoire d'amour au suspens géopolitique. Grande réussite que ce mix qui a pour effet de renforcer les deux intrigues, qui semblent se répondre, comme les deux faces d'un miroir. L'une nourrit l'autre et inversement. C'est à la fois beau et fascinant. Enfin, nourri par les codes du genre classique (ceux d'
Alfred Hitchcock donc mais aussi ceux de certains films de
Sidney Lumet) alliés à une histoire plus personnelle (certains éléments, comme le départ du film, ont trouvé leurs résonnances dans la réalité actuelle),
Nicolas Saada signe un film français précieux à la fois captivant et émouvant dont le caractère poignant doit également beaucoup à la bande-son très travaillée, chose évidente pour cet « enfant de la musique » qui a confié la bande originale de son film à l'excellent
Cliff Martinez qui a notamment composé pour
Steven Soderbergh (
L'anglais,
Solaris). Tous ces atouts réunis font d'
Espion(s) un film à voir à tout prix.
Que reprocher au film de Nicolas Saada ? Pas grand-chose…. Scénario, casting, musique, tout y est au diapason au seul service de la qualité d'un film qui est une des très bonnes surprises de ce début d'année.